Guerre en Iran : le FMI douche les espoirs de reprise mondiale

Le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale à 3,1% en raison du conflit en Iran.
/FW1HFS/shinjini ganguli - REUTERS - Yuri Gripas

Le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale à 3,1% en raison du conflit en Iran.
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La croissance mondiale est abaissée à 3,1 %, soit une perte de 350 milliards de dollars de richesse.
Le blocus du détroit d’Ormuz réduit l'offre de pétrole de 13 % et celle de gaz (GNL) de 20 %.
L'inflation mondiale devrait bondir à 4,4 % en 2026 sous la pression des prix de l'énergie.
L’embellie économique mondiale aura été de courte durée. Alors que les grands argentiers de la planète se retrouvent à Washington pour les assemblées de printemps, le Fonds monétaire international (FMI) a douché les espoirs de reprise. Le conflit en Iran, déclenché le 28 février dernier, agit comme un puissant poison pour l’activité globale. Ce mardi 14 avril 2026, Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI, a ainsi présenté des perspectives économiques mondiales passées au tamis de la guerre.
Le premier indicateur frappé par le conflit est celui de la croissance mondiale. Avant le 28 février, l’optimisme était de mise. « Nous nous préparions à relever nos prévisions », a confié Pierre-Olivier Gourinchas. La dynamique post-Covid et post-Ukraine semblait enfin stabilisée. Mais la guerre a tout balayé.
Le FMI table désormais sur une croissance mondiale de 3,1 % pour 2026, contre les 3,3 % anticipés en janvier. Ce recul de 0,2 point peut paraître technique, mais sa réalité comptable est brutale : il représente un manque à gagner de 350 milliards de dollars de richesse produite à l'échelle de la planète.
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L’institution ne cache pas son inquiétude face à une possible extension du conflit. Si les hostilités devaient se prolonger au-delà de la fin de l'année, le FMI prévoit un scénario noir où la croissance mondiale s'effondrerait à 2 %. Un tel niveau serait insuffisant pour absorber les millions de nouveaux entrants sur le marché du travail dans les pays émergents, menaçant la stabilité sociale de régions entières.
Le moteur de cette dégradation est avant tout énergétique. Le blocus du détroit d’Ormuz, point de passage névralgique, a paralysé les flux. Les chiffres cités par Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, font froid dans le dos : le flux mondial de pétrole est amputé de 13 % et celui du gaz naturel liquéfié (GNL) de 20 %.
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« C’est un choc d’offre, et il est mondial », martèle la patronne du Fonds. Conséquence immédiate : le FMI prévoit une hausse des prix de l’énergie de 19 % sur l’année, et de 21 % pour le seul pétrole. L’inflation, que l’on pensait domptée après les crises de 2022, repart à la hausse. Attendue à 3,8 % en janvier, elle devrait finalement s’établir à 4,4 % en moyenne mondiale en 2026.
Dans le pire des cas — une guerre longue — le baril pourrait fluctuer autour de 110 dollars tout au long de l'année, propulsant l'inflation globale à 6 %. Ce retour de la cherté de la vie menace de déclencher des « effets de second tour », notamment des boucles prix-salaires qui compliqueraient la tâche des banques centrales, déjà sous pression.
L'impact de la guerre est, selon les termes de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), « hautement asymétrique ». La carte mondiale de la croissance se redessine sous l'effet du prix du baril.
Paradoxalement, les pays de la région sont les plus durement touchés. Leurs infrastructures critiques ont été endommagées et le blocus d'Ormuz les empêche d'écouler leur production. Le Qatar subit un effondrement de son PIB de 8,6 % (mise hors service de trains de liquéfaction). L’Iran entre en récession profonde avec une baisse de 6,1 %. L’Arabie saoudite voit sa croissance amputée de 1,4 point, à 3,1 %.
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Sur le Vieux Continent, la situation est morose. La zone euro voit sa croissance révisée à 1,1 %. Si la France résiste légèrement mieux que ses voisins allemand et italien avec une prévision de 0,9 % (-0,1 point), le Royaume-Uni devient le maillon faible des économies avancées, tombant à 0,8 % de croissance.
À l'inverse, les États-Unis font preuve d'une résilience insolente. Avec une croissance maintenue à 2,3 %, l'oncle Sam profite de son statut d'exportateur d'énergie pour absorber le choc, malgré une inflation qui restera fixée au-dessus de la cible des 2 %.
L'un des enseignements les plus surprenants des données du FMI réside dans la résistance du « Sud global ». Contrairement aux crises précédentes, les grands émergents ne sombrent pas.
La Russie est la grande bénéficiaire comptable. Le FMI a relevé sa prévision de croissance à 1,1 %. Pour Moscou, la hausse des prix du brut compense largement les perturbations, offrant une manne financière inattendue pour son économie de guerre.
L’Inde et le Brésil voient également leurs prévisions relevées (respectivement à 6,5 % et 1,9 %). Leur moindre dépendance directe au conflit et leur dynamisme interne leur permettent de tirer leur épingle du jeu.
Derrière les statistiques macroéconomiques se cache un drame humain que le FMI et la Banque mondiale ne veulent pas occulter. Le coût de l'énergie est intrinsèquement lié à celui de l'alimentation, via le prix des engrais et du transport.
Kristalina Georgieva a lancé un avertissement solennel : la hausse des prix pourrait plonger 45 millions de personnes supplémentaires dans l'insécurité alimentaire. Ce sont les pays les plus pauvres, importateurs nets d'énergie et de céréales, qui paient le prix de la guerre dans le Golfe.
Le FMI appelle les gouvernements à la prudence : les prix plafonnés et les subventions massives, bien que populaires, sont jugés « coûteux et mal conçus ». L'institution plaide pour des aides ciblées et, surtout, pour un retour à la coopération internationale.
Malgré la sévérité du diagnostic, le FMI souligne une lueur d'espoir : la structure de l'économie mondiale a changé.
L'efficacité énergétique accrue et la montée en puissance des énergies décarbonées agissent comme des amortisseurs. Sans ces progrès technologiques, le blocus d'Ormuz aurait probablement déjà plongé le monde dans une dépression majeure. La « résistance » actuelle prouve que la transition énergétique, bien qu'incomplète, est aussi un levier de souveraineté économique.
Pour le FMI, le « coup de frein » est là, et il est brutal. La fin de l'unilatéralisme et le retour des blocs posent une question fondamentale sur la pérennité du modèle de croissance mondialisé. Si le choc peut être absorbé à court terme par les économies les plus agiles, l'enlisement du conflit en Iran pourrait transformer cette alerte en une crise structurelle profonde, redéfinissant pour longtemps les équilibres entre l'Occident, les émergents et les puissances pétrolières.

(Avec agences)