Le CNRS publie ce vendredi une étude pluridisciplinaire sous forme d'état des lieux de la connaissance des terres rares. Les scientifiques qui ont analysé plus de 4 000 articles dans le cadre de leurs recherches mettent en avant des solutions pour une plus grande souveraineté européenne et un usage responsable des terres rares.Ce vendredi, à l’occasion d’un colloque au Collège de France, le CNRS a rendu publiques les conclusions d’une vaste expertise scientifique collective consacrée aux terres rares. Lancée en janvier 2024, cette initiative visait à « établir l’état des connaissances scientifiques sur l’utilisation des terres rares tout au long de leur cycle de vie ».
L’étude s’appuie sur plus de 4 000 articles scientifiques et mobilise un collectif d’une trentaine de chercheurs pluridisciplinaires. Pour le président du CNRS, Antoine Petit : « c’est un état des lieux de la connaissance des terres rares, avec ce que l’on sait et ce qu’on ne sait pas, tout en reposant sur l’économie circulaire.»
L’objectif est clair en cette période de tension sur les approvisionnements : éclairer le débat et la décision publique. Le document de synthèse de 140 pages souligne que l’Europe est en situation de dépendance stratégique : « Alors que 90 % de la capacité de raffinage est aujourd’hui maîtrisée par la Chine, la France ne dispose d’aucun gisement dans son sous-sol qui soit exploitable à court terme. » Ce travail repose sur plusieurs piliers : une revue bibliographique exhaustive, une approche transversale (sciences de l’ingénieur, géologie, économie, sociologie, droit), et une volonté de traduire la complexité technique en informations utilisables pour les acteurs industriels, pouvoirs publics et filières, afin qu’ils se saisissent « des opportunités d’une utilisation responsable des terres rares. »
Des usages entre concentration et dispersion
L’étude délivre plusieurs ordres de grandeur qui permettent de mieux saisir le panorama d’usage des éléments de terres rares (ETR). Premier enseignement : la demande est dominée par quelques usages fortement concentrés. Par exemple, un tiers de la consommation concerne la fabrication d’aimants permanents, des composants clés pour les éoliennes offshore ou les véhicules électriques. Dans ce contexte, l’étude souligne que pour obtenir la même quantité de terres rares contenue dans une éolienne de 5 mégawattheures il faudrait 2 millions de téléphones.