ENTRETIEN. « Nous sommes au bord du gouffre ! », alerte Matthieu Hede, le nouveau président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie Nouvelle-Aquitaine. Qualifiant la dissolution de juin 2024 de « bombe atomique pour l’industrie », le dirigeant de l’équipementier MH Industries fustige, dans un entretien à La Tribune, l’inaction des acteurs publics.À la tête du groupe familial MH Industries (400 salariés, 40 millions d’euros de chiffre d’affaires) basé à Vayrac, dans le Lot, mais largement implanté à Brive, en Corrèze, Matthieu Hede a été élu à la présidence de l’UIMM Limousin début 2025 puis de l’UIMM Nouvelle-Aquitaine le 17 octobre. Il alerte dans La Tribune sur la situation critique de l’industrie française alors qu’un nouveau mouvement de fermetures nettes d’usines s’est enclenché depuis l’été 2024.
LA TRIBUNE - Désormais à la tête de l’Union des industries et métiers de la métallurgie Nouvelle-Aquitaine, comment analysez-vous la situation de l’industrie française ?
MATTHIEU HEDE - Le pouvoir politique est en train de creuser notre tombe ! On est mobilisés mais on se bat contre un mur alors même que la mort de l’industrie aura des conséquences majeures pour l’économie du pays. La situation est critique et pour certains secteurs, comme l’automobile et ses centaines de milliers d’emplois, la messe est sûrement déjà dite…
Les responsables politiques ne comprennent pas que la dissolution de l’Assemblée nationale a été extrêmement préjudiciable : depuis mi-2024 il n’y a plus d’investissements dans l’industrie en France ! Les usines qui tournaient continuent de tourner, dans l’aéronautique et la défense notamment, mais pour celles qui fonctionnent grâce au déclenchement de nouveaux investissements industriels, il n’y a plus rien… Chez MH Industries, notre usine qui fabrique des moules pour la métallurgie a vu son activité chuter de -97 % depuis mi-2024 avec une seule commande contre plus d’une trentaine habituellement. La dissolution a été une bombe atomique qui envoie beaucoup d’industriels vers les tribunaux de commerce…
L’État assure pourtant que la dynamique était bonne depuis 2017 et ne cesse de parler de la réindustrialisation comme d’une priorité…
La désindustrialisation a été légèrement freinée grâce au lancement de cinq ou six gigafactories d’où finalement aucun produit ne sort… Mais aujourd’hui la pente est d’autant plus glissante qu’il y a une déconnexion totale entre les industriels et les politiques. Il n’y a plus de confiance, on n’arrive pas à les convaincre de la gravité de la situation. Et on n’arrive pas non plus à faire passer notre message dans l’opinion.