Il y a quelques jours, la sonnerie du téléphone d’Emmanuel Fages, associé au sein du cabinet de conseil Roland Berger, retentit. À l’autre bout du fil, Xavier Moreno, cofondateur du célèbre fonds d’investissement Astorg, le salue. Les deux hommes se connaissent bien pour avoir travaillé ensemble. Mais l’entrepreneur ne vient pas simplement aux nouvelles : « Peux-tu modéliser l’évolution de la consommation électrique française ? » demande-t-il. Le consultant va réfléchir, mais il doit temporiser : depuis deux ans, la politique de son groupe lui interdit d’être rémunéré par un lobby. Il pourra donner des billes à son interlocuteur, mais sans rétribution.
La requête n’a rien d’anodin. Xavier Moreno préside le Cérémé - le « Cercle d’Étude Réalités Écologiques et Mix Énergétique » -, qu’il a lui-même créé en 2020. Officiellement, un think tank visant à éclairer les citoyens sur la politique énergétique du pays. Officieusement, une organisation partisane d’un retour en force du nucléaire, férocement anti-éolienne. Son mot d’ordre : démontrer que la France n’a pas besoin de ces « moulins à vent », puisqu’elle peut déjà compter sur son parc atomique et que la demande d’électricité n’augmente pas.
Dans son combat, Xavier Moreno a de quoi se réjouir. Quelques semaines avant la naissance du Cérémé, en avril 2020, l’exécutif avait confirmé la volonté de fermer 14 réacteurs nucléaires avant 2035. Un épisode vécu comme un drame, se souvient-on parmi sa trentaine d’adhérents. Désormais, Emmanuel Macron souhaite non seulement les prolonger, mais aussi en construire de nouveaux. Surtout, il y a un mois seulement, l’ancien Premier ministre François Bayrou a stoppé net la publication du décret PPE, cette feuille de route présentant les objectifs de production pour les dix années à venir, pointant un risque de surinvestissement dans les énergies renouvelables.