Réseau de chaleur urbain à Paris : comment Engie a tenté de peser sur le vote

Centrale géothermique de Paris dans le XVIIe arrondissement de Paris.
C. A. pour La Tribune

Centrale géothermique de Paris dans le XVIIe arrondissement de Paris.
C. A. pour La Tribune
La nouvelle avait fait l’effet d’une bombe fin novembre : l’adjoint écologiste à la maire de Paris chargé de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie, Dan Lert, annonçait, à la presse, l’attribution du plus gros marché public de la capitale depuis la réélection d’Anne Hidalgo. En l’espèce : la concession de son réseau de chaleur urbain au groupement Dalkia, Eiffage et RATP Solutions Ville, pour 15 milliards d’euros et pour une durée de vingt-cinq ans. Et ce, en lieu et place de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), titulaire depuis 1927, appartenant aux deux tiers à Engie et à un tiers à la Ville.
Dès le 1er janvier 2027, le contrat record reviendra à une société d’économie mixte à opération unique (Semop), détenue à 51 % par le nouveau groupement emmené par la filiale d’EDF, à 34 % par la Ville et à 15 % par la Banque des territoires (groupe Caisse des Dépôts). Une annonce confirmée par un vote des élus lors de la séance du Conseil de Paris du 17 décembre 2025, mais qu’Engie ne digère toujours pas. Le gazier a en effet multiplié les recours avant le 16 janvier 2026 et le sujet s’est invité dans la campagne électorale.
Avant même ces deux dates, le directeur général adjoint d’Engie et PDG d’Engie Solutions a écrit, le 12 décembre, à l’ensemble des élus du Conseil de Paris. Dans une lettre que s’est procurée La Tribune et dont le gazier confirme l’authenticité, Frank Lacroix défend son offre comme celle qui « consiste à conjuguer le niveau le plus élevé de développement et de verdissement du réseau avec l’optimisation la plus rigoureuse des investissements ».
Le même se lance ensuite dans une comparaison entre son offre et celle du groupement Dalkia-Eiffage-RATP Solutions Ville. Sur les investissements portés par la Semop, il confronte ainsi les 3,4 milliards d’euros pour l’offre Engie « avec un financement garanti même sans subventions » et les 4,5 milliards pour l’offre retenue « avec un taux de subvention qualifié d’ambitieux, non garanti ».

Sur la production de chaleur et le nombre d’abonnés, Frank Lacroix défend l’offre Engie comme reposant sur des volumes produits de 5,8 térawattheures pour 9 564 abonnés, « intégrant la décroissance des besoins de chaleur liée aux effets combinés du réchauffement climatique et des actions d’efficacité et de sobriété des abonnés que nous soutenons et accompagnons ». À l’inverse, il présente l’offre du concurrent comme reposant sur des volumes produits de 6,4 TWh à la fin de la concession pour 9 081 abonnés.
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Sur le taux final d’énergie renouvelable, le DGA d’Engie attaque les 77 % de son rival, avec un nouvel incinérateur de très grande capacité à Vitry-sur-Seine et dix centrales géothermiques, contre 85 % pour sa propre offre, « priorisant le verdissement des installations existantes et douze centrales géothermiques ».
Sur la baisse de la facture pour l’abonné, enfin, Frank Lacroix cible le groupement Dalkia-Eiffage-RATP Solutions Ville à la suite de quoi seuls 69 % des clients verront leur facture baisser dès 2027, contre 76 % avec son projet.
« Le projet de l’offre retenue s’appuie sur des hypothèses de consommation de chaleur élevées, en décalage marqué avec le Plan climat de la Ville et les évolutions constatées pour toutes les énergies depuis cinq ans. Il permet ainsi un affichage favorable du prix moyen du mégawattheure. Si ce niveau de consommation n’est pas atteint, ce prix moyen sera mécaniquement plus élevé et l’équilibre économique de la Semop sera remis en question. Cette situation ne serait pas sans conséquence pour la Ville de Paris », conclut le patron d’Engie Solutions.
Sollicité par La Tribune, le lauréat n’a pas répondu.