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Energie et IndustriePolitique industrielle

À Choose France 2026, la France joue sa crédibilité industrielle

latribune.fr

Publié le 29 mai 2026 à 06:25

Emmanuel Macron accueille des dirigeants étrangers sous les ors du château de Versailles lors du sommet Choose France, vitrine de la politique d'attractivité française mais aussi test de sa crédibilité industrielle

Emmanuel Macron accueille des dirigeants étrangers sous les ors du château de Versailles lors du sommet Choose France, vitrine de la politique d'attractivité française mais aussi test de sa crédibilité industrielle

BT/ - REUTERS - Benoit Tessier

Le Quotidien Numérique

17 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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À Versailles, Emmanuel Macron réunit ce lundi près de 200 grands patrons étrangers pour une neuvième édition de Choose France censée battre un nouveau record d’annonces. Mais derrière les milliards, l’atonie industrielle, le recul des implantations productives et les contraintes budgétaires font de ce sommet un test de crédibilité économique et industrielle pour le pays.

Au château de Versailles, Emmanuel Macron s’apprête à accueillir ce lundi près de 200 grands patrons étrangers pour la neuvième édition du sommet « Choose France », avec l’ambition affichée de signer une nouvelle moisson record d’investissements.

Cette année, l’événement est précédé pour la première fois par des « Journées Choose France », durant lesquelles 111 sites de 92 entreprises (voir carte ci-dessous) ouvrent leurs portes au public pour montrer concrètement ce que produisent et innovent les groupes qui ont choisi d’investir dans l’Hexagone.

Derrière la mise en scène, l’enjeu dépasse largement la communication : dans un contexte de ralentissement industriel, de tensions budgétaires et de concurrence accrue en Europe, la France joue à Versailles sa crédibilité économique et industrielle.

La vitrine d’un modèle sous pression

Lancé en 2018, peu après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, le sommet Choose France s’est imposé comme l’étendard de sa politique pro-business, avec Versailles comme décor, un récit de « France attractive » et une succession de records à la clé. Entre 2018 et 2025, plus de 230 projets y ont été annoncés pour un montant cumulé d’environ 87 à 88 milliards d’euros d’investissements, dont 40,8 milliards et 53 projets pour la seule édition 2025, assortis de près de 13 000 emplois directs ou indirects. À cela se sont ajoutés 20,8 milliards d’euros d’engagements dans l’intelligence artificielle entérinés à Versailles, prolongeant la stratégie d’attractivité sur les technologies critiques.

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Ce bilan a contribué à hisser la France au rang de championne européenne de l’attractivité, l’Hexagone se classant depuis sept ans en tête du baromètre EY des investissements directs étrangers. Mais la mécanique commence à montrer des signes d’essoufflement : en 2025, le nombre de projets étrangers en France recule de 5 % et l’emploi associé de 9 %, dans un contexte où les flux d’IDE chutent de 17 % à l’échelle européenne. Derrière les grandes annonces en milliards, la transformation de ces engagements en sites industriels, en emplois et en souveraineté productive demeure largement inachevée.

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Illustration de la newsletter Industrie et service

Leader de l’attractivité, élève fragile de la réindustrialisation

Le dernier baromètre EY confirme que la France reste, pour la septième année consécutive, la première destination européenne des investissements directs étrangers, avec 852 projets recensés en 2025, contre 730 pour le Royaume-Uni et 548 pour l’Allemagne. Mais cet avantage quantitatif s’accompagne d’un signal plus préoccupant pour l’industrie : les créations ou extensions d’usines chutent à 354 projets, soit une baisse de 15 % en un an, tandis que les implantations de centres de R&D reculent de 47 %. En d’autres termes, la France attire toujours, mais moins sur les segments les plus structurants pour la réindustrialisation.

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Car le pays se trouve sur une ligne de crête délicate : croissance molle, déficit public élevé, début de remontée du chômage et industrie qui pèse encore moins dans la valeur ajoutée qu’en Allemagne, en Italie ou même en Espagne. Ce décalage nourrit un doute chez les dirigeants étrangers, qui citent en tête des freins le coût du travail, la complexité administrative, l’instabilité réglementaire et l’incertitude sur la trajectoire de la dépense publique. Dans ce contexte, Versailles ne peut plus se contenter de célébrer l’attractivité : le sommet doit convaincre que la politique de l’offre française n’est pas qu’un récit, mais un levier durable de production et d’emplois.

Data centers, IA et infrastructures : une nouvelle carte industrielle à haut risque

Depuis deux ans, la nature même des projets annoncés à Choose France se transforme. Les grands contrats industriels – navires de croisière, usines d’équipements électriques, recyclage de textiles – cohabitent de plus en plus avec des investissements massifs dans l’intelligence artificielle, le cloud, les data centers, sans oublier les terres rares et les aimants permanents, que l’Élysée annonce comme l’un des axes de l’édition 2026. Cette inflexion s’explique par des facteurs structurels : avantage comparatif de la France sur l’électricité bas carbone, montée en puissance de l’IA et besoin européen d’infrastructures numériques, mais elle pose aussi une question de fond sur la réalité industrielle de ces milliards.

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Les data centers concentrent une grande partie de ces nouveaux flux : ils représentent des tickets d’investissement élevés, consomment beaucoup d’énergie, irriguent des chaînes de valeur numériques, mais génèrent un nombre limité d’emplois directs et reposent souvent sur des technologies et des fournisseurs extra-européens. Pour la souveraineté, l’enjeu n’est donc pas seulement d’implanter des centres de données sur le territoire, mais de maîtriser les briques critiques – semi-conducteurs, équipements réseau, logiciels – et de s’assurer que ces infrastructures s’accompagnent de véritables capacités d’ingénierie, de R&D et de production locale. Ce déplacement vers une « industrie d’infrastructures » risque sinon de gonfler les chiffres d’investissement sans consolider le socle productif français.

Emplois et ancrage territorial : opération vérité

Conscient de cette fragilité politique, l’exécutif a décidé d’élargir le dispositif avec les « Journées Choose France », organisées les 29, 30 et 31 mai 2026 sur tout le territoire. Pendant trois jours, 111 sites appartenant à 92 entreprises ayant investi en France – usines automobiles, sites pharmaceutiques, centres de données, entrepôts logistiques, ateliers artisanaux – ouvrent leurs portes au grand public, sur le modèle des Journées du patrimoine, pour montrer les emplois, les métiers et les retombées locales de ces décisions d’investissement.

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Cette « édition territoriale » poursuit l'objectif de connecter la séquence versaillaise avec le terrain, dans un pays où une partie de l’opinion associe encore les IDE à des délocalisations ou à une perte de contrôle. L’Élysée insiste sur les milliers d’emplois industriels créés depuis 2018 grâce aux projets annoncés à Choose France et sur le renforcement de la souveraineté économique nationale, mais les chiffres d’EY sur le reflux des projets industriels montrent que la bataille n’est pas gagnée. Le succès des Journées Choose France se mesurera autant au nombre de visiteurs qu’à la capacité des entreprises à s’installer durablement dans les bassins d’emploi.

Budget 2026 : la facture cachée de la politique d’attractivité

En toile de fond de cette neuvième édition, la question budgétaire s’impose comme un test de cohérence. La France a financé depuis 2017 son attractivité par une politique de baisse d’impôts sur les sociétés, de réduction des impôts de production et de multiplication des dispositifs de soutien à l’investissement, tout en laissant filer le déficit et la dette. Or le baromètre EY souligne que les dirigeants étrangers sont de plus en plus attentifs à la soutenabilité des finances publiques et à la stabilité fiscale dans la durée, au moment où l’exécutif prépare un budget 2026 placé sous le signe des économies.

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C’est là une tension paradoxale pour Versailles : d’un côté, l’État affiche une ambition intacte de réindustrialisation et de leadership dans les technologies critiques comme l’IA, le quantique ou les semi-conducteurs ; de l’autre, il doit arbitrer des coupes dans la dépense qui pourraient toucher l’investissement public, les dispositifs de soutien à l’innovation ou la transition énergétique. Si les annonces spectaculaires du sommet ne s’accompagnent pas d’un cadre budgétaire lisible et crédible, le risque est de voir les investisseurs étrangers douter de la capacité du pays à tenir dans le temps les conditions de son attractivité.

Doit faire ses preuves

Pour Emmanuel Macron, cette neuvième édition, probablement la dernière grand-messe versaillaise de son double mandat, a valeur d’examen de passage. Choose France 2026 devra d’abord démontrer que la France sait encore attirer des projets industriels au sens strict – usines, lignes de production, sites de R&D – et pas seulement des data centers ou des sièges régionaux, dans un environnement où les flux d’IDE se reconfigurent et où les concurrents européens se repositionnent agressivement. Ensuite, le sommet devra attester que ces investissements se traduisent en emplois durables et en ancrage territorial mesurable, ce à quoi les Journées Choose France fournissent un début de réponse.

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Enfin, Versailles devra donner des signaux clairs sur la cohérence d’ensemble entre discours de souveraineté industrielle et dépendances technologiques réelles, entre promesse de réindustrialisation verte et moyens mis sur la table, entre politique de l’offre et trajectoire budgétaire. C’est à cette aune que les investisseurs jugeront la solidité du « modèle France » : non au seul montant cumulé des annonces, mais à la capacité du pays à transformer une position de leader de l’attractivité en puissance industrielle durable.

(Avec agences)

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