Bio : alors que la consommation repart, les agriculteurs décrochent

57 % des agriculteurs bio sont insatisfaits de leurs revenus.
Photographer - Hans Lucas via AFP - Corinne LACAMBRE - CORINNE LACAMBRE

57 % des agriculteurs bio sont insatisfaits de leurs revenus.
Photographer - Hans Lucas via AFP - Corinne LACAMBRE - CORINNE LACAMBRE
Fiers de leur travail, les agriculteurs bio sont toutefois découragés, révèle un sondage publié aujourd’hui par l’Agence Bio. 86 % d’entre eux estiment ainsi que le bio contribue à leur bien-être personnel, mais 57 % sont insatisfaits de leurs revenus et 38 % sont pessimistes, précise ce « Baromètre 2025 » de leur moral.
Ce découragement a d’ailleurs désormais des conséquences concrètes : le solde entre les conversions et les déconversions en bio est devenu négatif pour la première fois en septembre 2025, « avec plus d’arrêts que de nouvelles installations depuis janvier 2025 », regrette l’Agence Bio. Il avait pourtant résisté dans les années de chute du marché, entre 2022 et 2023, malgré un recul des surfaces bio depuis deux ans.
Les effets de la crise du secteur atteignent donc les producteurs au moment même où le pire semble être passé. Plusieurs indicateurs montrent en effet que la consommation reprend, et ce non seulement en vente directe et dans les magasins bio, mais aussi en grande distribution, où les références bio reviennent. Malgré une volonté de remise en question, la Loi d’orientation agricole, adoptée fin février, a en outre réaffirmé l’objectif d’atteindre 21 % de surfaces en bio d’ici 2030.
L’Agence Bio alerte donc sur le risque d’un décrochage entre l’offre et la demande, dans le sens opposé à celui observé ces dernières années. Elle craint notamment que le taux de souveraineté de 82 % (hors produit en France) que le bio français a finalement atteint ne s’érode, sous l’impulsion aussi de la mise en œuvre de la loi Egalim de 2018, qui impose 20 % de bio dans les assiettes des cantines, contre 6 % actuellement.
Ce risque d’une augmentation des importations peut toutefois être évité grâce à un soutien constant du secteur, souligne une étude commandée à Ceresco et au Crédoc par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, l’Agence BIO et FranceAgriMer sur les prospectives de l’agriculture biologique en 2040. « C’est ce qu’ont fait les grands distributeurs d’autres pays comme l’Allemagne : au moment même où les consommateurs désertaient le bio, ils ont investi davantage dans ses filières », souligne Laure Verdeau.
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C’est aussi ce que demandent les producteurs français : 92 % souhaitent notamment une communication renforcée auprès du public, et 89 % attendent une juste rémunération pour leurs produits et les services qu’ils rendent à la société, selon le Baromètre.
Or, les décisions du gouvernement Bayrou sont plutôt allées dans le sens opposé. En mai, l’Agence Bio a vu son budget amputé de 64 % de son budget Les 5 millions d’euros consacrés à sa communication ont été supprimés au moment même où elle lançait une campagne de communication sur le « Bio-réflexe » qui, selon Laure Verdeau, a obtenu depuis des « résultats excellents » : 75 % des personnes interrogées pour son évaluation ont affirmé qu’elle avait fait croître leur intention d’acheter en bio.
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Près de 10 millions d’euros allant au soutien de projets pour l'année 2025 ont aussi été coupés, mettant ainsi en danger le Fonds Avenir, pourtant destiné à structurer les filières afin d’accroître et consolider les débouchés des producteurs. L’Agence Bio espère que le prochain gouvernement reviendra sur ces décisions.