OPINION. « Désindustrialisation : l’Europe doit se doter d’un véritable accélérateur industriel »
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Marina Mesure
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Par Marina Mesure, députée européenne (*)
L’actualité géopolitique nous met face au constat de notre désindustrialisation dans des secteurs clés comme l’aluminium, le résultat d’une politique d’ouverture maximaliste du marché européen. Face à cette situation, la Commission propose, via son texte sur l’Accélérateur industriel, de protéger les industries européennes en promouvant le Made in Europe. Mais derrière ces belles paroles, une coquille vide avec une préférence européenne dévoyée : au contraire, il nous faut à tout prix assumer de protéger notre industrie.
La guerre en Iran nous confronte brutalement à nos vulnérabilités. Au-delà de notre dépendance mortifère aux énergies fossiles, ce choc expose les conséquences désastreuses d’une décennie de désindustrialisation orchestrée par les politiques industrielles, commerciales et énergétiques de l’Union européenne. L’aluminium, matériau clé pour l’automobile, la construction ou les énergies renouvelables, en est l’exemple criant. Les attaques contre les fonderies du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz ont fait bondir les prix à 3 650 dollars la tonne, un record depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. L’Europe, qui importe 30 % de son aluminium du Moyen-Orient, subit de plein fouet une crise qu’elle a elle-même organisée.
Les entreprises françaises sont doublement touchées. D’une part, elles importent massivement de l’aluminium du Golfe, conséquence d’une adhésion des gouvernements français successifs aux politiques européennes de libre-échange. D’autre part, plusieurs sites industriels comme Aluminium Dunkerque sont passés sous le contrôle de groupes du Golfe, dans ce cas par Aluminium Bahrain.
La désindustrialisation de l’UE, et plus encore celle de la France, suscite une inquiétude croissante. Depuis 2010, la production d'aluminium primaire en Europe a reculé de plus de 25%, et pendant ce temps le reste du monde, notamment la Chine et la Turquie, consolident leur position dominante dans ce secteur.
Face à ce constat alarmant, la Commission européenne propose timidement l’Accélérateur industriel européen (IAA). En théorie, l’idée est bonne d’avancer sur une préférence européenne qui conditionne les subventions publiques à des critères de Made in Europe et de production bas-carbone. L’argent des contribuables pourraient ainsi contribuer à décarboner nos usines et à relancer des filières stratégiques comme l’aluminium, essentiel pour la bifurcation écologique et pour des secteurs comme l’automobile et la construction. Il faudra même à terme avancer sur une préférence locale, intégrant aussi des critères de circuits-court.
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Mais dans la pratique, cette ambition reste une coquille vide dès lors qu’il est proposé d’élargir la notion de Made in Europe aux pays liés à l’UE par des accords de libre-échange. La Commission remplace une dépendance par d’autres. Avec plus de 45 accords commerciaux liant l’Union européenne à près de 80 pays, il en est fini d’une véritable préférence européenne.
C’est pourquoi, ici au Parlement européen nous défendons l’ambition d’un véritable Made in Europe afin de préserver nos industries et les millions d’emplois qui en dépendent. La filière aluminium, à elle seule, représente plus d’un million d’emplois en Europe, dont 110 000 en France.
Et c’est justement au nom de ces travailleurs que nous plaidons pour l’intégration de conditionnalités sociales aux aides publiques, un autre grand absent du texte de la Commission. En France en particulier, les géants du CAC 40 ont vu leurs profits s’envoler avec des dividendes en hausse de 90 % depuis 2017 tandis que les salaires stagnent et les investissements industriels peinent à suivre. L’argent public doit cesser de nourrir les actionnaires, mais servir à nos usines ainsi qu’à celles et ceux qui y travaillent.
L’IAA peut être un outil utile à la réindustrialisation de l’UE à condition de lui donner les moyens de ses ambitions. Sans cela nous continuerons à subir les crises au lieu de les anticiper.
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(*) Marina Mesure est députée européenne, présidente de la délégation de La France Insoumise au Parlement européen et membre des commissions de l'industrie, de la recherche et de l'énergie, du commerce international et de la défense. Elle est rapporteure pour son groupe sur l’accélérateur industriel, texte de loi européen dont le but affiché est de renforcer et sécuriser certains secteurs industriels européens.
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