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OPINION. « Transports : carburant en hausse, et si l’on misait sur une baisse temporaire du prix des transports en commun ? »

latribune.fr

Publié le 03 avril 2026 à 09:18

Edouard Homberg

Edouard Homberg

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le prix du carburant repart à la hausse et, avec lui, revient cette inquiétude familière qui traverse régulièrement la vie publique. Pour beaucoup de Français, la voiture n’est pas un choix mais une obligation quotidienne. Elle permet d’aller travailler, d’accompagner les enfants ou de rejoindre des services essentiels. Lorsque les prix s’envolent, c’est tout un équilibre déjà fragile qui se retrouve bousculé.

Par Edouard Homberg, expert du secteur des transports (*)

À chaque nouvelle flambée, les réponses apportées suivent presque toujours le même scénario. On compense, on bloque, on allège. Ce sont des mesures utiles, souvent efficaces pour absorber un choc brutal, mais elles ne créent pas réellement d’alternative. Elles répondent à l’urgence sans transformer durablement la situation et, dès que les cours du pétrole repartent à la hausse, tout recommence.

Pourtant, cette période pourrait être l’occasion de proposer une voie différente. Au moment où chacun réévalue ses trajets et ses habitudes, rendre les transports collectifs plus attractifs prend tout son sens. La Lituanie a récemment choisi de réduire de moitié le prix de ses billets de train pour les trajets du quotidien, profitant précisément de ce moment où l’attention des citoyens se déplace et où l’on devient plus réceptif à d’autres options.

Quand le carburant devient coûteux, un léger doute s’installe. Le geste automatique consistant à prendre sa voiture perd son évidence. On calcule davantage, on hésite, on se demande si un autre mode de déplacement serait possible. Cette hésitation crée une ouverture où les transports collectifs peuvent apparaître comme une solution concrète plutôt qu’une contrainte. Encore faut-il que le signal soit suffisamment clair pour être entendu. Une baisse temporaire des tarifs pourrait jouer ce rôle simple et lisible, sans bouleverser le modèle mais en montrant une volonté tangible d’offrir une alternative.

Une mesure de ce type ne peut cependant pas reposer uniquement sur les collectivités locales. Les réseaux de transport, qu’ils soient régionaux (TER) ou urbains (tramway, métro, RER, bus), fonctionnent déjà avec des marges étroites. Les recettes tarifaires ne couvrent qu’une partie limitée du coût réel du service et les budgets locaux assument l’essentiel de l’effort. Toute réduction de prix doit donc être compensée pour éviter de fragiliser la qualité du service ou l’équilibre financier. Dans ce contexte, l’État pourrait apporter un soutien décisif.

Lorsque les prix du carburant augmentent, les recettes fiscales augmentent automatiquement. L’État perçoit davantage, non parce qu’il crée un nouvel impôt mais simplement parce que le prix du litre est plus élevé. Ce surplus provient directement de la pression ressentie par les ménages. L’État envisage de redistribuer ce surplus pour financer des projets d’électrification. En complément, réaffecter une partie de cette ressource pour rendre les transports collectifs plus accessibles irait dans le sens d’une logique simple et presque naturelle. Ce que la hausse du carburant rapporte pourrait servir à réduire le coût des déplacements alternatifs au moment même où ils deviennent les plus pertinents.

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Cette réallocation donnerait aux Régions et aux agglomérations la possibilité de baisser temporairement leurs tarifs sans mettre en péril leurs finances. L’État jouerait son rôle d’impulsion. Les collectivités adapteraient la mesure aux besoins locaux et chacun agirait dans son champ de compétence pour offrir de véritables choix aux usagers.

L’objectif n’est pas de transformer la mobilité du pays en quelques semaines. Une mesure temporaire ne prétend pas régler l’ensemble des enjeux. Mais elle peut créer un moment particulier, parfois décisif. Un simple trajet, effectué au moment où l’on hésite déjà à prendre sa voiture, peut suffire à faire tomber certaines idées reçues. On découvre que le service est plus simple, plus confortable ou plus fiable que ce que l’on croyait. Les changements d’habitudes peuvent commencer de cette manière.

Certains penseront qu’une mesure limitée dans le temps aura peu d’effet. C’est pourtant cette temporalité qui en fait sa force. Elle répond à une tension immédiate, accompagne un moment de doute et transforme une contrainte en opportunité. Elle envoie un signal différent de celui qui consiste à compenser mécaniquement. 

Il n’est pas question d’opposer la voiture et les transports collectifs. Dans de nombreux territoires, la voiture restera indispensable. Mais la hausse du carburant crée une fenêtre où les comportements sont plus susceptibles d’évoluer. Saisir cette fenêtre peut être l’occasion de rendre visible d’autres options tout en laissant à chacun la liberté de choisir.

Dans cet esprit, j’avance l’idée que l’État soutienne les collectivités pour leur permettre de mettre en place une baisse temporaire des transports collectifs lorsque les prix du carburant deviennent trop élevés. Financer cette mesure grâce à une partie du surplus de recettes fiscales généré par cette hausse pourrait être une manière lisible, cohérente et équitable d’accompagner les citoyens. 

______

(*) Edouard Homberg est un expert du secteur des transports. Membre d’un grand groupe de conseil, il accompagne les collectivités pour la structuration et le financement de leurs projets de mobilité.

latribune.fr

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