OPINION. « Biométhane : bien plus qu’une énergie décarbonée, un levier de souveraineté »
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Pierre Chambon
ANTOINE MEYSSONNIER
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Pierre Chambon
ANTOINE MEYSSONNIER
Par Pierre Chambon, directeur général d’ENGIE Gaz Renouvelables (*)
Dans ce contexte, l’électrification s’impose comme un axe central de la stratégie énergétique française, et le plan annoncé par le gouvernement constitue une étape nécessaire. Mais cette trajectoire, aussi indispensable soit-elle, ne saurait à elle seule répondre à l’ensemble des besoins. Tous les usages ne peuvent être électrifiés. La solution réside moins dans le choix d’une énergie exclusive que dans la complémentarité des énergies décarbonées, adaptées à la diversité des usages et aux spécificités des territoires.
Les gaz renouvelables, et en particulier le biométhane, s’inscrivent pleinement dans cette logique. Ils sont nécessaires à une transition énergétique à la fois fiable et abordable.
Trop souvent réduit à une simple solution de décarbonation, le biométhane est en réalité au cœur d’une triple souveraineté. Énergétique d’abord, en apportant une énergie pilotable, stockable et immédiatement mobilisable, compatible avec les infrastructures déjà existantes. Agricole ensuite, en offrant aux exploitants des revenus complémentaires et en valorisant les déchets organiques. Le digestat issu de la méthanisation constituant par ailleurs une alternative aux engrais chimiques, largement importés et dont les coûts ont flambé ces derniers mois. Industrielle enfin, en s’appuyant sur une filière française créatrice d’emplois non délocalisables, de compétences et de valeur, ancrée dans les territoires.
Tout cela fait du biométhane un véritable levier stratégique de souveraineté, au croisement des enjeux énergétiques, agricoles et industriels.
Malgré ces atouts, le potentiel du biométhane demeure insuffisamment exploité. Non par manque de maturité technologique ou économique, mais faute de visibilité pour accompagner son développement à long terme.
Lever ces freins suppose une responsabilité partagée. Aux acteurs industriels de poursuivre leurs efforts de compétitivité, d’innovation et de passage à l’échelle. Aux pouvoirs publics, de leur côté, de mettre en place un cadre lisible, stable et cohérent, capable de sécuriser les investissements sur la durée et de reconnaître l’ensemble des bénéfices de la filière, au-delà de la seule production d’énergie renouvelable.
En l’état, la trajectoire des Certificats de Production de Biogaz (CPB) ne donne pas de visibilité au-delà de 2028. Cette publication, déjà promise pour fin 2025, n’en finit plus d’être reportée. Les CPB constituent pourtant un levier structurant pour le développement de la filière : ils sont indispensables pour donner de la visibilité à moyen terme, accompagner la montée en puissance des projets et permettre un véritable changement d’échelle. La publication rapide d’objectifs au-delà de 2028 est donc déterminante pour inscrire la trajectoire de la filière dans l’atteinte de l’objectif français de 44 TWh de biométhane en 2030 fixé par la PPE.
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Avec 13,6 TWh de biométhane produits l’an dernier sur son territoire, la France est aujourd’hui le premier producteur européen. Ces bases solides constituent une opportunité et doivent permettre de faire du biométhane un maillon essentiel de la transition et de la souveraineté énergétique française : lui donner toute sa place, c’est opter pour un mix énergétique équilibré, capable de répondre simultanément aux enjeux climatiques, industriels et géopolitiques
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(*) Pierre Chambon est Directeur Général d’ENGIE Gaz Renouvelables depuis le 1er janvier 2025. Diplômé d’Audencia après un semestre d’étude à l’Université d’Ottawa, Pierre Chambon débute sa carrière en 1996 chez Schneider Electric, où il occupe plusieurs postes au sein de la filière finance, en France et à l’international. En 2000, il rejoint le groupe Tiru (filiale d’EDF, Veolia et SUEZ), spécialisé dans la valorisation énergétique des déchets, avant d’y prendre des responsabilités en financements, ingénierie financière et projets. Il intègre Gaz de France en 2006 comme responsable des financements structurés, en charge du financement de grands projets et actifs énergétiques (infrastructures gazières, centrales électriques, énergies renouvelables). Il occupe ensuite différentes fonctions de direction financière et stratégique au sein de GDF SUEZ / ENGIE, notamment dans les activités de production d’électricité. En 2014, il est nommé Directeur Général de la Société HydroÉlectrique du Midi (SHEM). En 2018, il devient Directeur Général de Storengy France, deuxième opérateur de stockage de gaz en Europe, où il accompagne la transformation des infrastructures dans un contexte de transition énergétique et de développement des gaz renouvelables. En 2023, il rejoint la GBU Networks au sein d’ENGIE pour exercer les fonctions de Directeur de la Performance Opérationnelle, des Systèmes d’Information & Digital et de la Santé & Sécurité.
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