OPINION. « Les ports de l’Europe : ne laissons pas Pékin en prendre les clés ! »
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Isabelle Le Callennec
MEP
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Isabelle Le Callennec
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Par Isabelle Le Callennec, députée LR-PPE au Parlement européen, conseillère régionale de Bretagne.
Les ports européens ne sont pas de simples espaces commerciaux neutres. Ils sont un levier de compétitivité, un maillon de sécurité et un outil de résilience. Ils assurent plus de 74 % des échanges extérieurs et représentent plus de 423 000 emplois directs. Chaque année, ils accueillent près de 395 millions de passagers et soutiennent à la fois la croissance économique, la défense et la transition énergétique.
Or, depuis trop longtemps, l’Europe accepte que des États étrangers et des entreprises publiques investissent dans ses infrastructures les plus stratégiques et depuis vingt ans, la Chine avance méthodiquement, à travers ses grands groupes (COSCO, China Merchants Ports et CK Hutchison). Pékin a acquis des parts, parfois déterminantes, dans une trentaine de terminaux portuaires européens, y compris dans des hubs majeurs comme Rotterdam, Anvers-Bruges ou Hambourg, sans oublier des implantations en France (Saint-Nazaire, Le Havre, Dunkerque, Marseille). Cette stratégie ne se limite pas à une simple diversification financière : elle s’inscrit dans une logique d’expansion portuaire liée aux Nouvelles Routes de la Soie. Encerclée par les États-Unis via la « stratégie des chaînes d’îles », la Chine cherche à redéfinir les routes du commerce mondial, tant terrestres que maritimes. En tant que puissance commerciale, elle investit massivement, diversifie ses exportations et recourt à une « stratégie de la dette », tout en déversant ses surcapacités dans nos économies.
Face à cela, une réponse européenne coordonnée est indispensable.
Il est temps d’ouvrir les yeux : dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu, dépendre d’investissements étrangers pour des infrastructures aussi sensibles pose de réels problèmes de sécurité, de transparence et de résilience.
Mais l’enjeu ne se limite pas à la géopolitique. Les ports mal contrôlés deviennent des points d’entrée pour la criminalité organisée. L’Europe est déjà le plus grand marché de cocaïne au monde, et la grande majorité arrive par la mer, via les mêmes terminaux dont nous perdons le contrôle. Nous avons besoin d’une meilleure coopération, d’un partage d’informations et d’actions rapides pour empêcher les réseaux criminels d’exploiter nos ports. Une gestion portuaire non transparente constitue également un risque pour la sécurité publique.
C’est pourquoi le Groupe PPE (droite au Parlement européen) a salué la stratégie portuaire présentée par la Commission en mars dernier. Elle passe enfin à un niveau supérieur et aborde les préoccupations de sécurité qui, jusqu’à présent, étaient absentes de la politique portuaire en Europe. Elle se concentre à juste titre sur les risques liés à la propriété étrangère et sur la garantie que les États membres puissent assurer l’accès et le contrôle opérationnel.
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Les risques ne tiennent pas seulement à la propriété des terminaux, mais aussi à leur gestion : qui contrôle les opérations, les données, les systèmes informatiques ?
Il est donc crucial de veiller à ce que nos ports, y compris les ports de moyennes et petites tailles, restent totalement sécurisés en empêchant toute propriété étrangère supplémentaire et en excluant les acteurs étrangers du contrôle opérationnel.
Enfin, il est indispensable de disposer d’un mécanisme de frein d’urgence. Si un État étranger utilise son contrôle de nos ports pour exercer une pression politique sur l’Europe, les gouvernements doivent disposer d’un mécanisme juridique clair pour reprendre rapidement le contrôle.
Les ports sont les portes de l’Europe, il est temps d’en garder les clés.
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