OPINION. « De l’IA à l’Iran : un risque en chasse un autre »
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Karl Eychenne
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Par Karl Eychenne, Chercheur chez René & Artaud
Les marchés d’actions américains ont toujours une bonne excuse pour chuter, mais cette excuse a changé depuis début mars. Ce n’est plus le risque d’une bulle des valeurs de l’IA qui justifie la baisse, mais le risque d’un conflit armé durable en Iran. On comprend aisément pourquoi ce risque géopolitique pèse sur le moral des investisseurs. Mais on n’a plus de mal à comprendre pourquoi le risque IA ne semble plus peser. La finance est parfois étrange certes, mais rarement subtile.
Juste avant le début du conflit, les investisseurs sanctionnaient particulièrement les valeurs les plus sensibles à la thématique IA, telles que les valeurs de croissance, le Nasdaq, ou les 7 magnifiques. Pour illustration, ces 7 magnifiques étaient en baisse de – 6 % quand le reste du marché était en hausse de 2.7 % (S&P 500 moins les 7 magnifiques). Depuis le début du conflit début mars, c’est tout l’inverse qui se produit. En particulier, les 7 magnifiques sont en hausse de 0.5 % quand le reste du marché est en baisse de – 2.1 %. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, les valeurs de croissance et le Nasdaq se comportent donc comme des valeurs défensives dans ce moment de stress des marchés.
Cette surperformance du thème IA signifie-t-elle que le risque IA a subitement disparu ? Non bien évidemment. Ce n’est pas parce que les valeurs de l’IA ne sont plus sanctionnées qu’il faut en conclure à la bonne santé financière des entreprises. De la même façon, ce n’est pas parce qu’un programme n’a pas planté qu’il faut en conclure à la qualité du programmeur. Cela ne suffit pas. Il faut vérifier le programme et non pas se contenter d’attendre qu’il plante. Ainsi les entreprises typées IA ne sont pas devenues subitement solvables ou désendettées au moment de l’intervention israélo – américaine en Iran. C’est une autre explication qui est à l’œuvre pour expliquer l’occultation du risque IA. Il semblerait que l’investisseur ne puisse traiter qu’un seul risque à la fois. En l’occurrence ici, le risque géopolitique serait seul pris en compte alors que le risque IA serait mis de côté. La précision est importante, il ne s’agit pas d’un simple déclassement du risque IA, mais d’un véritable « débranchement ». Comme si le marché ne pouvait brancher qu’un seul risque à la fois. Et c’est alors le risque perçu comme le plus important qui l’emporte. « The winner takes it all » comme le rappelle l’expression.
Le phénomène n’est pas forcément une preuve de l’inconséquence des marchés. En effet, la nature nous livre aussi des cas étranges où les risques ne se cumulent pas. Par exemple, l’expérience de physique des fentes de Young nous permet d’illustrer un cas très curieux où la somme des « risques » (ondes) fait 0, autrement dit on a quelque chose comme 1+1 = 0 (lorsque des ondes interfèrent, elles peuvent s’annuler.) Autre exemple de la physique, l’effet papillon nous apprend d’une certaine façon que la somme des risques est égale à 3 ! (c’est le propre des systèmes chaotiques). Et bien dans le cas de la finance de marché, nous aurions en quelque sorte 1 + 1 = 1, c’est-à-dire que l’addition du risque IA et du risque Iran ne donneraient qu’un seul risque, en l’occurrence le risque Iran.
Toutefois. Alors que de la nature on dira qu’elle produit des résultats contre – intuitifs, de la finance préfèrera dire qu’elle produit des résultats stupides. Il est vrai qu’il n’y a aucune raison intelligente pour qu’un risque en chasse un autre en finance. Si ce n’est parce que l’investisseur ne sait pas traiter les deux à la fois. Ce n’est pas bien grave. C’est incapacité à cumuler les risques n’a jamais empêché la bourse de s’envoler ou de chuter. Mais elle pose la question de l’après. En effet, que se passera t’il une fois que le conflit en Iran sera jugé apaisé ? Il y a de fortes chances alors pour que le risque IA redevienne l’os à ronger des marchés. De nouveau les valeurs phares de l’IA seront sous le viseur de l’investisseur, ce dernier indexant alors ses élans à la moindre nouvelle évoquant les perspectives à venir de l’entreprise.
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Il y a quand même un point positif dans cette histoire, c’est qu’au moins « personne n’a oublié le nord de la boussole » pour reprendre une formule de François Sureau. Autrement dit, certaines valeurs résistent plus ou moins à la tempête mais le sens de l’histoire, c’est quand même la baisse de la bourse.
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