OPINION. « La guerre en Iran : la France incarne la 3e voie »
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Hervé Guyader
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Par Hervé Guyader, avocat au barreau de Paris, docteur en Droit, président du Comité français pour le droit du commerce international (*)
Les répercussions économiques ont été rapides et marquées : la fermeture du détroit d’Ormuz a entraîné une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique majeure en France et à l’échelle mondiale. Cette situation montre l’importance d’une régulation juridique afin d’assurer la stabilité de cette route maritime et la sécurité des approvisionnements, essentiels à une baisse durable des prix du carburant.
Au-delà des discussions sur les causes du conflit, il apparaît clairement que seule une solution négociée et fondée sur le droit international peut instaurer une paix durable. Malgré les inquiétudes suscitées par l’éventuelle acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran, le recours à l’armée ne constitue pas une issue pertinente. Face à l’impasse actuelle, un nouvel élan politique est nécessaire, la médiation du Pakistan s’avérant limitée.
La France adopte une posture active sans être impliquée dans les combats, ce qui lui permet de jouer un rôle distinct et constructif. Sa capacité à résister à toute pression la positionne comme un acteur clé dans la recherche de solutions. Elle défend un ordre international basé sur les institutions multilatérales, affirmant que seule l’ONU peut autoriser l’usage de la force et réaffirmant ainsi la primauté du droit international. Cette démarche fait de la France le garant de l’intégrité de l’ordre mondial contre les ambitions unilatérales.
N’ayant pas pris part aux opérations militaires, la France conserve une crédibilité auprès de tous les protagonistes : elle condamne fermement la répression iranienne, tout en refusant de s’aligner sur l’unilatéralisme américain et en gardant le dialogue ouvert avec Téhéran, les États du Golfe, l’Inde ou la Chine. Sa politique est claire : elle rejette aussi bien le renversement du régime par la force que le triomphe de ce dernier.
La 3e voie française n’est ni une position attentiste ni un compromis faible : elle représente une stratégie ambitieuse, refusant tant la guerre que la soumission, l’alignement aveugle que la neutralité passive. Alors que l’ordre multilatéral est fragilisé, cette approche incarne une alternative crédible pour l’Europe et la communauté internationale. Toutefois, maintenir cette ligne reste difficile, car les compromis sont souvent éclipsés par les discours extrêmes.
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Deux enjeux majeurs doivent être résolus : le nucléaire iranien et la sécurisation du détroit d’Ormuz.
Concernant le nucléaire, il est nécessaire d’encourager le respect strict du Traité sur la non-prolifération (TNP), avec des contrôles renforcés par l’AIEA en Iran et la mise en place d’un protocole additionnel imposant des inspections imprévues et une transparence totale afin de certifier l’usage civil du programme iranien. Car il parait sage de surveiller un régime dont la modération et la retenue reste très relative et qui a fait de la destruction d’Israel son mantra. Il serait également judicieux de mettre en place des garanties multilatérales avec la participation d’États tiers en vue de conclure un accord juridiquement contraignant sous l’égide du Conseil de sécurité incluant des sanctions progressives et des incitations économiques. On pourrait imaginer un dispositif « nourriture contre paix ».
Pour sécuriser le détroit d’Ormuz, la création d’une commission internationale réunissant États riverains, puissances navales et l’Organisation maritime internationale serait nécessaire, ainsi qu’un protocole de sécurité collective permettant le déploiement rapide de forces navales multinationales sous mandat de l’ONU. Il s’agirait d’instaurer une forme de casques bleus maritimes, semblables à ceux de la FINUL au Liban. Enfin, la mise en place de mécanismes de médiation et d’arbitrage basés sur le droit international serait préférable, favorisant le règlement des différends par des juges plutôt que des soldats.
En somme, la démarche française dans le conflit iranien se distingue par sa volonté de privilégier une solution diplomatique et juridique, sous l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette méthode vise à instaurer un dialogue multilatéral inclusif, garantissant l’équité entre les parties et le respect de la souveraineté. Grâce à sa position de non-belligérante et son influence, la France est légitime pour organiser une table ronde internationale regroupant les principaux acteurs et les institutions concernées.
La réussite de cette initiative dépendra de la capacité des acteurs à privilégier la coopération et à accepter la médiation internationale. Aujourd’hui, la France incarne le garant d’un ordre multilatéral fondé sur le droit, offrant une réelle opportunité d’avancer vers une paix durable et équilibrée.
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(*) Hervé Guyader, Avocat, Docteur en droit, Président du comité français pour le droit du commerce international, responsable de la commission commerce international du barreau de Paris, expert auprès du Conseil des barreaux européens.
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