OPINION. « Retraite, pourquoi le recours à la capitalisation est devenu inéluctable »
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Michaël Donio et Mohamed Aziz Landoulsi
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Par Michaël Donio et Mohamed Aziz Landoulsi, Sia (*)
Lourdement déficitaires, les régimes par répartition montrent leurs limites depuis une trentaine d’années. La faute au déclin démographique (on est passé en un demi-siècle de 4 actifs à 1,7 actif pour un retraité et ce ratio devrait descendre à 1,2 en 2070) et l'allongement de l'espérance de vie (la durée de perception des pensions est aujourd’hui de 25 ans, soit 10 de plus que dans les années 1960). Et aucune réforme paramétrique, que ce soit sur l’âge, la durée d’assurance ou le niveau de cotisation, n’a depuis réussi à inverser la tendance. Pis, tous les experts savent qu’il va falloir remettre rapidement l’ouvrage sur le chantier, la réforme de 2023 – qui pourrait de surcroit être suspendue jusqu’en 2028 - étant insuffisante à ramener les régimes à l’équilibre. Selon l’audit réalisé en février par la cour des Comptes, pas moins de 350 milliards d’euros de déficits nouveaux s’accumuleront dans les deux prochaines décennies sans nouvelle réforme d’ici à 2030.
Et si l’heure de la capitalisation, régulièrement mise en avant mais toujours rejetée pour des raisons idéologiques, était venue ? Peut-être bien ; en tout cas, c’est ce que les mathématiques nous disent...
Dans un régime par capitalisation, chaque actif épargne pour sa propre retraite grâce aux rendements des fonds placés, avec le double avantage de découpler le montant des pensions de la démographie et d’avoir un pilotage plus simple. A contrario, il n’y aucune solidarité intergénérationnelle et les fonds placés sont exposés tant aux aléas des marchés financiers qu'aux risques de défaut.
Si la capitalisation a toujours été, à effort d’épargne équivalent, moins généreuse que la répartition en termes de prestations versées, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Une étude Sia comparant les évolutions de deux profils salariés (cadre et non-cadre) entrés dans la vie active en 1990 le démontre très clairement. Primo, les taux de remplacement des régimes par répartition n’ont cessé de diminuer depuis 1990 malgré la hausse de presque 25% des taux de cotisation sur la période, et ce quel que soit le profil salarial considéré. Et secundo, l’avantage des régimes capitalisés est d’autant plus accentué que le niveau de rémunération est élevé et que le contexte économique est favorable. La conclusion ? Dans un monde où le ratio démographique passe sous la barre de 1,7, la capitalisation devient une option pour le moins très avantageuse.
La question n’est pas de substituer la capitalisation à la répartition, au motif qu’une transition, même partielle, de l'une à l'autre relève de l’utopie. Les réserves des régimes obligatoires actuels couvrent en effet moins de 2,4% des engagements de retraite, estimés par l’INSEE à plus de 8000 Mds €, et il faudrait donc un apport de fonds équivalent à 2,7 fois le PIB de la France pour y parvenir. Autant parler d’une mission impossible, d’autant plus dans la situation actuelle de finances publiques exsangues !
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Reste que l’Etat se doit de piloter la coexistence de ces deux systèmes en mettant en œuvre un dispositif obligatoire qui allie répartition et capitalisation, et en renforçant les dispositifs d’épargne retraite existants : les régimes comme le PREFON, instauré en 1964, qui ont posé les premières bases de l’épargne retraite pour les agents publics ou la loi PACTE depuis 2019 avec l’introduction du Plan d’Épargne Retraite (PER) aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. Mais on est encore loin du compte. Dans le cas des PER, pourtant considérés comme un succès commercial, les collectes atteignent à peine 18 milliards d'euros et leurs encours 118 milliards d'euros, soit moins de 1 % des engagements de retraite des régimes obligatoires, autant dire une goutte d’eau.
Un engagement volontariste de l’État parait donc nécessaire pour accompagner les entreprises – en particulier les plus petites – à constituer une retraite complémentaire par capitalisation. Une évolution qui passera aussi par une revue drastique des avantages fiscaux donnés à ces dispositifs aujourd’hui beaucoup trop contraignants et peu encourageants.
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(*) Actuaire responsale du pôle Actuariat & Quantitative Services de Sia, Michaël Donio a travaillé sur plusieurs réformes paramétriques de régimes de retraite par répartition ou capitalisés. Il a dispensé au Centre National des Arts et Chaussée et à l'Université de Paris Dauphine des modules de formation dédiés au pilotage des régimes de retraite et à la gestion actif-passif. Actuaire consultant au sein de Sia, Aziz Landoulsi est un actuaire spécialisé dans la modélisation de portefeuilles d'assurance et de retraite. Il a participé au développement de modèles ALM de capitalisation.
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