OPINION. « La souveraineté numérique pour une Europe libre et indépendante »
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Pauline Gavrilov et David Ros
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Par Pauline Gavrilov et David Ros (*)
Qu’adviendra-t-il du «Cloud souverain» ? L’ANSSI (agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) a élaboré la qualification SecNumCloud. L’Europe, quant à elle, peine à mettre en œuvre l’EUCS (EU Cloud Services Scheme), sans doute plus conforme aux règles de l’OMC. Est-ce que le contexte géopolitique actuel ne militerait-il pas pour un rééquilibrage des enjeux d’autonomie ou souveraineté européenne par rapport à ceux de l’OMC pour le Cloud ?
Le numérique est aujourd’hui un domaine sur lequel la gauche doit se pencher, car il est bien celui qui englobe l’ensemble des thématiques et problématiques que nous traitons depuis déjà un certain temps. Dans un monde en constante évolution et dans lequel les bouleversements technologiques se sont brusquement accélérés, les progressistes doivent défendre l’égalité d’accès des citoyens aux biens communs que sont l’énergie et l’eau. Garantir un contrat social renouvelé pour un bien-être partagé sur l’ensemble de notre territoire leur échoit. C’est la condition de l’existence d’une nation unie. La transition énergétique et la souveraineté numérique au sens large : cloud (serveur à distance), intelligence artificielle (IA), certification vont ici de pair. Entreprises du numérique et collectivités territoriales sont invitées à coopérer et à mettre en synergie leurs actions, afin d’exploiter pleinement les perspectives offertes par les nouvelles technologies énergétiques, comme hydraulique.
Assurer la durabilité des villes, en développant le concept de Smart Cities autour des énergies pilotables : nucléaire et hydraulique. Cette clé pour une économie décarbonée est la réponse aux défis environnementaux. La ville intelligente doit devenir un outil au service de la ville durable, de la résilience énergétique et de la santé de nos concitoyens. Seul un Etat stratège pourra assurer la planification numérique, unique solution aux tensions géopolitiques, comme au changement climatique et à leurs effets désastreux quant aux conditions de vie sur la Terre. C’est à l’aune de l’efficacité que les citoyennes et les citoyens accorderont leur confiance à leurs représentants politiques, alors même que les conditions de vie sur la Terre sont menacées. Force est pourtant de constater que l’Europe dépend presque entièrement de l’Asie et des Etats-Unis pour les composants clé du Cloud. Elle a dix ans d’avance sur tout le monde dans le domaine de la gravure électronique grâce au leader hollandais ASML. Cette anomalie montre à elle seule la nécessité d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques industrielles dignes de ce nom. Le soutien à l’innovation et l’industrie dans le domaine du composant électronique est bien trop faible. Les décideurs se doivent de créer les conditions pour que la France et l’Europe soient en mesure de garantir leur souveraineté numérique.
Le Cloud s’est développé parallèlement au Web 2.0 du début de la décennie 2010\. Il est né du réseau à haut débit (ADSL et la fibre), de la puissance de calcul des années 2000 et d’un procédé appelé virtualisation, qui permet de mettre en commun les ressources de calcul, avec des économies importantes à la clé pour les entreprises clientes puisqu’elles n’avaient plus besoin d’acheter, gérer et administrer un parc de machines. En à peine une décennie, cela a restructuré toute la chaîne de valeur du numérique et a boosté l’innovation dans ce domaine, en allégeant le CAPEX (dépenses d’investissement) des startups et par effet de traînée cette dynamique d’innovations. Cette virtualisation a apporté des mutations économiques qui se sont prolongées jusqu’à aujourd’hui avec les LLMs (large language model), l’explosion du cours en bourse de Nvidia et l’arrivée de robots, apportant de nombreuses technologies qui nous auraient parues incroyables il y a 10 ans. Elle a débouché notamment sur l’ubérisation et ouvert la voie à d’autres mutations du numérique, à un réagencement de toute l’économie y compris à des transformations socio-politiques profondes, en cours avec les réseaux sociaux. Les tentatives nationales et européennes pour recréer un acteur du Cloud local ont échoué : non pas, loin de là, par manque de compétences technologiques ; mais, parce que la marche à franchir face aux leaders (les GAFAM ou GAMAM, et les BATX chinois) était déjà beaucoup trop haute. Peut-être aussi à cause d’un manque de clairvoyance politique qui n’a pas vu cette marche.
Aussi probablement d’organisation : la méthode ne consiste pas à vouloir reproduire mais à miser sur un projet d’écosystème industriel riche. Pour créer à partir de rien un couple capacité technologique plus marché bien cadré, il faut un pouvoir de structuration ou de contrôle très important. Cela a peu de chance de déboucher sur un résultat puissant dans le numérique. Pourquoi ? Parce que dans le numérique les usages, les technologies et les capacités offertes aux usagers vivent en complète symbiose, elles s’ajustent et évoluent en permanence avec une dynamique très rapide, sous la pression croissante des innovations. Même la Chine, avec des structures politiques très différentes des nôtres et un volontarisme politique gigantesque, a connu d’énormes difficultés. Peut-on maintenant sérieusement croire que l’Europe et la France ne vont pas être distancées pour très longtemps en continuant à saupoudrer et investir 5 à 10 fois moins dans les secteurs clé ? Il faut non seulement mettre beaucoup plus de moyens pour accélérer la croissance des écosystèmes, mais aussi le faire de manière équilibrée. C’est ce que les échecs de l’Europe et de la France sur le Cloud peuvent nous enseigner. Il faut voir pour le numérique dans son ensemble : le Cloud, l’IA, la robotique, les objets connectés, etc. sans oublier les composants électroniques, car sans composants il est impossible d’avoir la moindre puissance de calcul.
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L’Europe ne peut plus ignorer son obligation à faire valoir un droit collectif à une forme d’assurance dans le Cloud, de niveau réellement comparable à la qualification ANSSI. C’est la première chose à faire, avant même de songer ou rêver à taxer réellement les GAFAM. L’Europe doit faire valoir sa responsabilité en la matière et réduire sa sensibilité aux groupes de pressions américains. L’empreinte carbone est un mal inévitable ; cependant, il doit être traité dans une optique éthique. Fort heureusement, la France et l’Europe sont ici en pointe. Alors soyons au rendez-vous des prochaines échéances.
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(*) Pauline Gavrilov, ingénieur-conseil en ESN, secrétaire nationale adjointe au numérique et à l'IA du Parti socialiste David Ros, sénateur de l'Essonne, secrétaire nationale au numérique et à l'IA du Parti socialiste
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