OPINION. « L’épargne est le miroir de notre époque »
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Madeleine-Sophie Mattiato
Philippe Barbosa
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Madeleine-Sophie Mattiato
Philippe Barbosa
Par Madeleine-Sophie Mattiato, Directrice de la communication et des engagements sociaux de La France Mutualiste, groupe Malakoff Humanis
L’épargne n’est pas seulement une question de chiffres ou de performance. Elle est aussi intimement liée aux parcours de vie des Français ; elle adresse les aspirations et les angoisses de la société. C’est le miroir de notre époque qui agit comme un indicateur des peurs, des espoirs, des priorités collectives et individuelles. Les comportements d’épargne reflètent directement la conjoncture, l’ensemble des déterminants d’une période donnée. Dans un monde marqué par l’incertitude - par les crises politiques, économiques, sociales, géopolitiques ou environnementales - les résultats du Baromètre du comportement des épargnants français, réalisé par Viavoice(1), sont particulièrement instructifs et révèlent le pouls de la société française.
90% des Français considèrent qu’il est prudent d’épargner dans le contexte actuel. Une donnée sans équivoque : la prudence est de mise face à un avenir qui semble incertain ! L’inquiétude des Français se traduit également par une difficulté accrue à se projeter dans l’avenir : 80% d’entre eux estiment qu’il est difficile aujourd’hui de faire des projets à long terme considérant que la société et le monde dans lequel ils évoluent sont devenus trop incertains. En parallèle, 72% des Français ressentent le besoin d’augmenter leur épargne en raison d’un contexte macroéconomique imprévisible. Ces données démontrent l’ampleur de l’inquiétude ressentie par les Français et font naturellement écho aux résultats de l’INSEE sur le taux d’épargne des ménages : il a atteint un niveau record de 18,9% du revenu disponible brut au deuxième trimestre 2025.
Cela étant dit et au-delà même du contexte exogène, il ne faut pas oublier à quel point la relation à l’épargne est liée aux parcours de vie. Cela implique de véritablement libérer la parole sur ce sujet ! Le rapport à l’argent, comme le simple fait d’en parler, est socialement marqué mais aussi genré. Là encore, les données parlent d’elles-mêmes : l’argent est une source d’inquiétude pour 25% des femmes contre 13,4% des hommes. Le prisme ici est celui de l'individu dans son unicité. A chaque moment de fractures, les trajectoires sont reconfigurées et impactent le rapport à l’argent. Une véritable psychologie financière propre à chacun, héritée d’une histoire familiale et qui sera plusieurs fois bousculée au cours d’une vie. Individuellement, chacun doit pouvoir reprendre le pouvoir sur son argent et bénéficier de l’accompagnement auquel il a le droit. Car l’autonomie financière est un droit. Elle ne peut pas être réservée à quelques-uns : tous les Français doivent avoir les moyens de la construire et de la renforcer. Réforme des retraites, allongement de la durée de vie, rapport au travail instable, générations marquées par des crises… autant de raisons qui poussent à être prudents face à l’avenir et à se poser des questions sur son argent.
L’enjeu n’est pas seulement d’épargner. Il est aussi de mieux comprendre, pour mieux décider. L’argent reste encore trop souvent un sujet mal abordé en France. Les connaissances en la matière demeurent faibles. Mais, au-delà même de la compétence, le principal obstacle à l’épargne c’est l’accès à une information financière claire. Seuls 48% des Français déclarent ressentir de la clarté, de la maîtrise en consultant les informations économiques. Une part identique ressent de l’anxiété et 46% de l’incompréhension.
Tous les acteurs de l’écosystème, qu’ils soient publics, privés ou mutualistes, ont ici un rôle à jouer en développant activement l’éducation financière. Cela permettra, en définitive, de développer l’empowerment financier. Un enjeu de taille pour aider les Français à passer du devoir au vouloir épargner. On le sait, ils sont encore beaucoup trop nombreux à subir leur situation financière sans se sentir capable de la transformer, même partiellement. Or, l’autonomie financière est un véritable levier de (re)construction. Dans un monde incertain, une épargne éclairée est une épargne qui émancipe.
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(1) Baromètre des comportements des épargnants français.
Enquête réalisée par l’Institut de sondage Viavoice du 2 au 6 janvier 2026 pour La France Mutualiste auprès d’un échantillon représentatif de la population française de 1 000 personnes, âgées de 18 ans et plus. La représentativité est assurée par la méthode des quotas appliquée aux critères suivants : sexe, âge, profession, région et catégorie d’agglomération.
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