OPINION. « Quelle agriculture voulons-nous vraiment demain ? »
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Pascal Lavergne
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Par Pascal Lavergne, Ingénieur agricole, Viticulteur-Éleveur Bovin, Président de Renaissance Gironde, ancien député de la Gironde et co-rapporteur de la loi d’orientation agricole (*)
Derrière les courbes des importations, une réalité plus rude se dessine : des exploitations fragilisées, des savoir-faire qui s’effacent, des territoires qui s’appauvrissent. Face à cette érosion, une certitude s’impose : l’agriculture ne se sauvera ni par la nostalgie ni par la décroissance. Alors que le débat fait rage sur la loi d’urgence agricole, il faut le réaffirmer sans trembler : l’agriculture se relèvera par un pacte de confiance renouvelé entre la science, le marché et les citoyens.
Produire pour nourrir demeure la mission première de celles et ceux qui travaillent la terre. Pourtant, cette mission se heurte à une perte de compétitivité dans une concurrence mondiale féroce. Si l’on veut que la France redevienne une terre de conquête agricole, il faut assumer une économie de marché mais une économie de marché régulée par le respect mutuel et la loyauté des règles.
Dans cette perspective, la généralisation d’accords tripartites entre agriculteurs, industriels et commerçants doit devenir un réflexe. L’objectif est simple : sécuriser des débouchés, partager la valeur, garantir un prix juste. La dignité du métier commence par une évidence trop souvent oubliée : pouvoir vivre de son travail, investir, transmettre, se projeter.
L’agriculture de demain sera technologique ou ne sera pas. Non par goût du « gadget », mais parce que l’innovation répond à des urgences concrètes : réduire la pénibilité, gagner en précision, limiter les impacts. Drones, robotique, outils d’aide à la décision : ces solutions permettent de traiter mieux, parfois moins, et évidemment de mieux cibler. Pour avancer, la science doit redevenir le juge de paix des politiques publiques, et l’on doit sortir des débats qui opposent systématiquement progrès et protection.
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Sur ce point, la loi d’urgence agricole débattue à l’Assemblée nationale mérite aussi d’être lue pour ce qu’elle cherche à corriger : une asymétrie où l’on interdit sur le sol français des solutions encore autorisées au niveau européen, tout en important des productions qui y ont recours. Quand il s’agit de l’acétamipride, le débat doit rester factuel : les évaluations réglementaires européennes ne retiennent pas un caractère cancérogène pour cette substance dans la classification harmonisée, et les analyses d’expertise disponibles concluent que les données de cancérogénicité ne justifient pas une telle classification. La décision publique gagnerait plus à s’aligner sur une expertise scientifique robuste plutôt qu’à se laisser dicter par l’invective.
L’agriculteur ne peut plus être perçu uniquement comme un producteur de calories. L’exploitation agricole devient aussi un maillon de la transition énergétique : produire de l’énergie, sans jamais renoncer à la priorité alimentaire, permet de diversifier les revenus et d’accélérer la décarbonation. Cette logique suppose une ligne claire : l’énergie comme complément, jamais comme substitution.
Reste un nœud central que cette loi ne traite pas : réconcilier le citoyen et le consommateur. Le premier exige des normes toujours plus hautes ; le second recherche souvent le prix le plus bas. Ce paradoxe alimente l’incompréhension et nourrit l’agribashing. Pour en sortir, il faut assumer une vérité : l’agriculture est un pilier de nos paysages, de notre identité, et de l’équilibre de nos territoires. Ce lien charnel mérite d’être défendu, expliqué, réhabilité.
L’enjeu est désormais d’assumer ce cap : une agriculture qui ne s’excuse pas d’exister, qui s’appuie sur le progrès pour protéger la santé humaine et l’environnement, et qui revendique son rôle de moteur économique. Donnons-nous les moyens de cette ambition : des outils modernes, un accès sécurisé à l’eau, des règles commerciales loyales et une meilleure répartition de la valeur. C’est à ce prix que l’on préservera l’âme de nos territoires mais aussi la sécurité de nos assiettes.
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(*) Pascal Lavergne est maire de Monségur en Gironde de 2014 à 2018 et quatrième vice-président de la communauté de communes du Réolais en Sud Gironde, chargé de l'urbanisme, du projet de territoire et du développement durable. Il quitte le Parti socialiste pour La République en marche durant la campagne d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle de 2017. Il devient député de la douzième circonscription de la Gironde le 17 novembre 2018 en remplacement de Christelle Dubos, nommée secrétaire d'État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé le 16 octobre 2018. Il quitte l'Assemblée nationale le 3 août 2020, à la suite du départ de Christelle Dubos du gouvernement. Le 19 juin 2022, il est élu député de la même circonscription avec 50,23 % des voix, face à la représentante de la NUPES, Mathilde Feld, avec un court écart de 183 voix. A l'Assemblée nationale, il est rapporteur de la loi d'orientation pour la souveraineté agricole et le renouvellement des générations en agriculture. Il est aussi à l'origine de la loi autorisant les drones en agriculture adoptée en 2025. Il est élu président de Renaissance Gironde en juin 2025 et est toujours ingénieur agricole, viticulteur éleveur bovin.
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