Numérique : la féminisation devient un impératif de compétitivité

Elisabeth Moreno, présidente de la Fondation Femmes@numérique.
femmes-numerique.fr

Elisabeth Moreno, présidente de la Fondation Femmes@numérique.
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Avec plus de 1 000 participants en présentiel et 3 200 en ligne, l’événement confirme sa montée en puissance dans l’écosystème tech français. Année après année, ces Assises s’installent comme un lieu de convergence entre pouvoirs publics, entreprises, chercheurs et acteurs de terrain, autour d’un objectif désormais partagé : passer du diagnostic à la transformation.
Le changement de ton est notable. « La mixité ne relève pas d’un engagement symbolique », a rappelé Sylvie Roche, présidente de l’association Femmes@Numérique. Elle devient une condition pour bâtir un numérique « plus performant, plus responsable et réellement représentatif ». Derrière cette évolution s’impose une réalité économique : la sous-représentation féminine qui constitue un déficit de talents dans un secteur déjà en tension.
En France, les femmes ne représentent qu’environ 15 % des professionnels de l’intelligence artificielle. À l’heure où l’IA s’impose comme infrastructure critique de compétitivité, ce déséquilibre apparaît de moins en moins soutenable. Surtout, le sujet dépasse désormais le seul enjeu de ressources humaines. La question n’est plus seulement sociale ; elle devient industrielle, économique et financière. Aujourd’hui, selon le dernier baromètre Sista/BCG, moins de 2 % des financements deeptech en Europe sont captés par des équipes fondées exclusivement par des femmes. Le signal est clair : l’innovation européenne se prive d’une part significative de son potentiel entrepreneurial.
Placées sous le thème « De la vision à l’impact », les Assises ont notamment cherché à identifier des points d’accélération concrets. Quatre priorités structurantes ont émergé : agir plus tôt sur l’orientation scolaire, fluidifier les reconversions vers les métiers technologiques, combattre les stéréotypes persistants et renforcer l’accès des femmes aux fonctions de leadership dans les STEM (Science, Technology, Engineering and Mathematics).
La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a rappelé à cette occasion que les équipes mixtes permettent de concevoir des technologies « plus robustes, plus fiables et plus justes ». Pour Femmes@Numérique, qui fédère aujourd’hui plus de quarante entreprises, l’enjeu consiste précisément à transformer cette convergence d’intentions en trajectoires mesurables.
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La dynamique observée ne doit toutefois pas masquer l’ampleur du chantier. La chaîne de valeur des talents féminins reste fragilisée à chaque étape : orientation encore très genrée, autocensure persistante, biais de recrutement et progression de carrière plus lente.
Autrement dit, la féminisation du numérique relève moins d’un programme ponctuel que d’une transformation systémique de l’écosystème. Comme l’a résumé Élisabeth Moreno, présidente de la Fondation Femmes@Numérique : « Si les femmes ne construisent pas la technologie, elles en subiront tous les angles morts. ». Selon elle, dans un contexte de compétition mondiale pour l’intelligence artificielle, continuer de restreindre le vivier de talents à la moitié de la population constituerait « un non-sens stratégique ». Aucune puissance technologique ne peut durablement se permettre ce luxe. « L’enjeu n’est plus d’augmenter marginalement la part des femmes, mais de doubler leur présence dans les métiers de l’IA d’ici cinq ans », insiste Élisabeth Moreno.
Le message porté lors de ces Assises est sans ambiguïté : la mixité dans le numérique n’est plus périphérique, elle doit s’imposer comme un impératif. Mais pour la présidente de la fondation Femmes@Numérique, pour changer réellement d’échelle, « la mobilisation devra être générale : des parents aux enseignants, des entreprises aux pouvoirs publics, en passant par tout l’écosystème ».
Car derrière la question de la mixité se joue désormais un enjeu de puissance. Dans la compétition mondiale pour l’intelligence artificielle, une question se pose : une nation peut-elle durablement prétendre au leadership en se privant de la moitié de ses talents ? Il semble que La France et l’Europe soient face à un choix stratégique déterminant : accélérer résolument la féminisation de la tech ou accepter de décrocher.
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