OPINION. « Transports, osons afficher le vrai prix ! »
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Edouard Homberg
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Par Edouard Homberg (*)
C’est un moment où se redessinent les priorités locales et où la mobilité occupe toujours une place majeure. Pourtant, au milieu des échanges sur les tarifs, le prix réel du transport public reste largement méconnu, à la fois des citoyens et parfois même de certains responsables locaux. On discute du prix payé par l’usager, mais rarement du coût réel d’un trajet pour la collectivité. Cette opacité nuit à la compréhension des enjeux et limite la portée du débat démocratique.
La plupart des habitants connaissent le montant d’un ticket ou d’un abonnement. Cependant, ces tarifs ne représentent qu’une part limitée des dépenses nécessaires au fonctionnement d’un réseau de bus, de tramway, de métro ou de RER. Le prix visible n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans de nombreux territoires, les recettes commerciales ne couvrent en moyenne qu’environ trente pour cent du coût global. Ainsi, un trajet payé quelques euros peut en coûter trois fois plus à produire. Cette réalité fondamentale reste pourtant largement ignorée, ce qui contribue à entretenir une vision incomplète du service public de transport.
La mobilité constitue souvent l’un des premiers postes de dépenses des collectivités locales. Dans plusieurs régions et métropoles, elle représente environ trente pour cent du budget annuel. Assurer un réseau fiable, accessible et attractif nécessite des moyens considérables. Que l’on prenne ou non les transports, chacun participe à ce financement à travers notamment l’impôt ou le versement mobilité acquitté par les entreprises. Le transport public est un bien collectif qui structure les rythmes de vie, facilite l’accès à l’emploi et soutient l’activité économique.
Cette dimension collective implique des arbitrages rigoureux. Chaque investissement dans la mobilité engage des ressources qui ne seront pas consacrées à d’autres priorités. Le rappeler ne remet rien en cause. Cela permet simplement de comprendre que la maintenance d’une ligne de tramway ou le renforcement d’un parc matériel de bus repose sur des engagements financiers de long terme impliquant l’ensemble du territoire.
Il existe une règle méconnue du grand public. Pour pouvoir récupérer la TVA sur ses dépenses de fonctionnement, une collectivité locale exerçant la compétence Mobilité doit atteindre un ratio recettes sur dépenses d’au moins dix pour cent. Ce seuil très bas met en évidence la place centrale de la subvention publique potentielle dans l’équilibre économique des réseaux et montre que le modèle français peut considérer comme normale une contribution financière limitée de l’usager tout en maintenant un service public pleinement opérationnel. Cette donnée est l’un des indicateurs clés de la structure de financement du secteur.
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Dans ce contexte, rendre visible le coût réel d’un trajet apparaît comme une mesure simple, utile et profondément démocratique. Un abonnement vendu quatre-vingt-dix euros pourrait indiquer qu’il en coûte en réalité plus de trois cents à produire, la différence étant financée par la collectivité. L’objectif n’est ni de préparer une hausse tarifaire ni de culpabiliser les voyageurs. Il s’agit d’éclairer le débat public en permettant à chacun de comprendre ce que représente véritablement un réseau de transport.
Cette transparence devient encore plus cruciale dans les territoires ayant instauré la gratuité. Contrairement à une idée répandue, la gratuité n’a rien de gratuit. Elle en modifie uniquement la répartition. Lorsque la gratuité augmente la fréquentation ou impose une offre renforcée, les dépenses globales peuvent même croître. Rendre ces coûts visibles aide à expliquer les choix politiques et l’effort demandé aux indirectement aux contribuables.
C’est dans ce contexte qu’un exemple très concret, en France, a montré la voie en 2025, la communauté d’agglomération de Château-Thierry, dans l’Aisne, a mené une campagne de communication affichant le coût réel des services publics, dont celui d’un ticket de bus. Les habitants ont ainsi découvert qu’un ticket vendu un euro cinquante revient en réalité à près de douze euros pour la collectivité. Cette révélation a surpris, mais elle a aussi favorisé une meilleure compréhension du service public et renforcé l’adhésion de la population. Les usagers ont reconnu que ces informations leur permettaient de mieux percevoir l’investissement financé par l’argent public.
C’est pourquoi j’avance l’idée d’une transparence intégrale sur les coûts des transports publics. Afficher systématiquement, en dessous du prix public, le coût réel d’un trajet ainsi que la part financée par la collectivité constitue une mesure simple, peu coûteuse et profondément démocratique. Elle ne remet pas en cause les subventions, essentielles pour répondre aux des territoires mais peut permettre simplement de fournir une information complète, honnête et intelligible. Rendre visible l’effort collectif qui rend possible la mobilité quotidienne, c’est renforcer la confiance du public et permettre à chacun de participer à un débat transparent et donc plus responsable.
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(*) Edouard Homberg est un expert du secteur des transports. Membre d’un grand groupe de conseil, il accompagne les collectivités pour la structuration et le financement de leurs projets de mobilité.
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