OPINION. « La réduction de nos dépendances exige une double révolution stratégique et culturelle »
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Philippe Naccache et Julien Pillot
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Par Philippe Naccache et Julien Pillot, nseec Grande Ecole, Omnes Education
A titre de comparaison, ce ratio tombe à 40,1% pour l’usine du monde Chinoise, à 40,5% et 38,5% dans les places fortes financières de Suisse et du Luxembourg, et même à 15,1% dans la gazo-monarchie du Qatar.
La France ne fait pas exception. La totalité des pays de l’OCDE ont une croissance économique adossée à la consommation. La singularité du problème Français réside dans le déficit de sa balance commerciale qui témoigne d’un appauvrissement relatif et d’une dépendance trop importante aux biens et services importés. Exprimée en points de PIB, la balance commerciale de la France était de -0,33% en 2024, quand les pays de l’OCDE émargeaient à +1,21% en moyenne la même année, dont +2,19%, +3,78% et 4,16% chez nos voisins Italiens, Allemands et Espagnols. La situation est préoccupante à deux titres. D’une part, elle affaiblit la portée des « politiques de demande » qui, en l’état, s’apparentent à des cadeaux fiscaux au profit des pays exportateurs – qui n’en ont pas besoin. D’autre part, les facteurs inflationnistes liés à l’instabilité géopolitique, au climat ou aux tensions sur les ressources minérales ou agricoles, couplés aux difficultés de la France à se réindustrialiser, sont autant de fragilités supplémentaires. Ce n’est pas un hasard si nombre d’économistes mettent régulièrement en garde les autorités sur ce ‘moteur unique’ de croissance qu’est la consommation.
Sébastien Lecornu a donc raison d’affirmer que « cela va durer » et « qu’il ne faut pas mentir aux Français ». Un constat partagé par la Banque de France qui pointe l’insuffisance de la productivité globale des facteurs, notamment sur le terrain de l’innovation. Dès lors que le constat est connu et partagé, que les rapports Letta et Draghi donnent des feuilles de route précises, et que chaque nouvelle crise sanitaire ou géopolitique nous rappelle nos dépendances excessives envers l’extérieur, qu’attendons-nous pour (ré)agir et, au-delà des éléments de langage, affirmer une politique industrielle ambitieuse et adaptée aux enjeux du siècle ?
Rapport après rapport, la transition écologique et énergétique a souvent été présentée comme un levier de transformation majeur pour l’Europe qui doit, sur le long terme, à la fois permettre de limiter certaines dépendances, construire de nouveaux avantages concurrentiels et œuvrer à la décarbonation de nos économies. A court terme, cependant, le financement de cette transition ne peut être indolore. La greenflation n’est pas une vue de l’esprit car, d’une part, la sortie des énergies fossiles nécessite de mobiliser quantité de capital non instantanément productif, et d’autre part car la transition énergétique et écologique – adossée à la numérisation de la société - exerce une tension inflationniste sur les métaux critiques, et crée de nouvelles dépendances envers la Chine qui en maitrise bien souvent l’extraction et/ou le raffinage.
La construction de notre autonomie stratégique, et de notre prospérité économique future, a un coût qu’il nous faut assumer. Si nous souhaitons ne plus être ballotés par les contractions d’un monde en tension, il nous faut amenuiser nos multiples dépendances historiques (fossiles, services numériques, défense…) tout en veillant à ne pas les substituer par de nouvelles dépendances tout aussi mortifères, notamment envers la Chine. La relance des industries extractives ou de raffinage des métaux critiques, n’est plus une option, à plus forte raison si l’Europe parvient à rendre ses activités moins polluantes et plus responsables sr le plan social, que lorsqu’elles s’exercent à l’étranger.
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Il lui faudra pour cela opérer une double révolution culturelle. La première consiste à sortir de l’hypocrisie de celle qui donne des leçons de vertus écologiques à l’ensemble de la planète, tout en ayant une empreinte carbone importée (liée à la consommation) parmi les plus fortes du globe. Réduire drastiquement la consommation de biens importés, produits dans des conditions environnementales et sociales douteuses, c’est se donner une chance de réindustrialiser (ou inciter les pays tiers à revoir leurs méthodes de production), quitte à réduire transitoirement le pouvoir d’achat. La seconde, c’est d’avoir le courage de ne pas reculer sur les normes qui fixent le cap de la transition à chaque fois que le vent tourne ou qu’une difficulté se fait jour. Les atermoiements, non seulement freinent l’innovation technologique qui rend possible la transition, mais envoient également un signal désastreux aux investisseurs et industriels qui n’aiment rien de moins que l’incertitude. Emmanuel Macron disait il y a peu que la grande force de l’Europe résidait dans sa prévisibilité. Il est grand temps de le démontrer, sans quoi Sébastien Lecornu aura raison sur toute la ligne : les mêmes continueront de payer, parce que leur dirigeants – toujours les mêmes - reculent systématiquement devant les difficultés.
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