OPINION. « Prédire pour agir ou attendre qu’il soit trop tard, il faut choisir ! »
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Serge Guérin, Alexandre Petit et Brigitte Pisa
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Par Serge Guérin, Alexandre Petit et Brigitte Pisa (*)
La prévention est nécessaire. Ce devrait être une « ardente obligation », pour reprendre une formule célèbre du Général de Gaulle. Mais à l’échelle du vieillissement de la population, elle ne pourra se réaliser dans de bonnes conditions humaines et économiques que si l’on sait prédire les risques pour mieux atteindre et bien accompagner les bonnes personnes. Sans cela, elle restera un vœu pieux : nous n’aurons ni les moyens humains ni financiers, pour proposer à toutes les personnes en ayant besoin, un accompagnement préventif.
Des milliers de professionnels, d’associations, de collectivités ou d’entreprises, se mobilisent chaque jour pour « aller vers » les personnes âgées. Mais faute de segmentation claire des publics et de ciblage rigoureux des interventions, la prévention échoue à toucher les bons bénéficiaires au bon moment.
Tant que la prévention est pensée uniformément pour répondre aux besoins de l’ensemble des seniors, elle accentue in fine les inégalités. Elle touche les plus informés, les plus proches des services — pas les invisibles. Il faut passer d’une logique faussement universelle, car aveugle à une approche ciblée, informée, proactive… En un mot, passer à une politique de care la plus efficace et juste possible au lieu de multiplier les effets de manches couteux et largement inutiles.
Les nouvelles technologies offrent aujourd’hui de nouveaux modèles de prédiction qui pourraient révolutionner les impacts de la prévention. C’est l’exemple de la technologie RevealCare, qui, en croisant des données territoriales, de santé, de logement ou d’isolement, permet d’identifier grâce à des datas intelligentes les trajectoires à risque et de segmenter les publics. Cette approche favorise l’orientation des ressources vers ceux qui en ont réellement besoin.
Le ciblage limite les risques d’exclusion, au profit d’une politique d’impact : grâce à la donnée, on sait aujourd’hui orienter les services de prévention pour optimiser les dépenses et les impacts. Pour que chaque euro investi soit utile et redescende « de l’idée vers les faits », pour reprendre les termes de Tocqueville.
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Rappelons, aussi, qu’une grande partie des seniors vivent en zones rurales ou isolées, éloignés des services et sont trop souvent absents des dispositifs de prévention. Pourtant, ils sont surreprésentés dans les passages aux urgences. Ce sont ces invisibles, absents des radars classiques, que seule la prédiction peut permettre d’atteindre.
Prédiction, segmentation, ciblage : ces leviers permettent d’optimiser les moyens humains, non de les remplacer. C’est leur complémentarité qui rend la prévention possible à grande échelle.
"Aller vers", ce n’est pas tout faire pour tout le monde. C’est savoir vers qui aller, comment s’adapter et communiquer, à quel moment et avec quel type de services. Sans prédiction, la prévention restera un idéal inaccessible. Un meilleur ciblage complété d’un agencement des solutions du bien-vieillir pourrait redonner corps à la politique de prévention nationale. Avec cette chaîne de valeur, elle peut devenir une politique de prévention santé publique efficace, soutenable et juste.
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(*) Serge Guérin, professeur Inseec Grande Ecole. Alexandre Petit, Président Alogia Groupe. Brigitte Pisa, Vice Présidente Agirc Arrco
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