OPINION. « Iran : n’est-il pas temps d’accepter un mauvais accord plutôt qu’une guerre sans fin ? »
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Après la réponse iranienne à la proposition américaine en quatorze points portée par Donald Trump, une évidence s’impose : chacun reste enfermé dans ses propres lignes rouges. Il est temps de revenir au réalisme et aux faits. Les Américains et les Israéliens veulent avant tout neutraliser définitivement le programme nucléaire iranien. Téhéran, lui, refuse toute capitulation stratégique et considère que céder aujourd’hui reviendrait à signer sa propre disparition politique. Entre ces deux visions, le compromis paraît presque impossible.
Pourtant, il faut savoir finir une guerre. Et plus encore lorsqu’aucun des objectifs initiaux ne semble réellement atteignable. Certes, l’Iran a été durablement affaibli. Son économie est sous pression, ses infrastructures ont été touchées, ses réseaux régionaux perturbés et son programme nucléaire retardé. Mais au-delà de cela, que voit-on réellement émerger ? Ni effondrement du régime, ni soulèvement populaire massif, ni basculement politique intérieur. Ceux qui espéraient une chute rapide de la République islamique semblent aujourd’hui confrontés à une autre réalité : le régime théocratique s’est transformé en système militaro-sécuritaire dur, verrouillé par les Gardiens de la révolution, et il n’est probablement pas près de tomber.
Ne pas voir cette évolution revient à rester dans le déni. Depuis des mois, une partie des Occidentaux continue de raisonner comme si le temps jouait automatiquement contre Téhéran. Or c’est peut-être désormais l’inverse. Car pendant que la guerre s’enlise, les conséquences économiques commencent à devenir mondiales. Et ce sont précisément les alliés des États-Unis dans la région qui tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme, à commencer par le Qatar et l’Arabie saoudite. Pendant ce temps la les Emirats par leur rapprochement avec Israël cherchent la surenchère clairement contre productive. Derrière les discours diplomatiques, leur priorité est désormais claire : mettre fin au conflit pour rétablir les routes énergétiques et commerciales.
Le véritable nerf de cette guerre n’est plus uniquement militaire ; il est économique. La montée des tensions dans le détroit d’Ormuz et dans l’ensemble du Golfe pèse déjà sur les marchés mondiaux. Le prix du pétrole reste sous tension, les coûts du transport maritime augmentent, les chaînes logistiques se fragilisent et l’inflation repart aux États-Unis. Les prix alimentaires et énergétiques commencent déjà à être touchés. Et l’Europe, extrêmement dépendante de la stabilité des flux commerciaux mondiaux, risque à son tour d’en subir les conséquences dans les prochains mois.
Dans ce contexte, continuer une guerre sans perspective politique claire devient une fuite en avant dangereuse. Les États-Unis et Israël peuvent probablement empêcher temporairement l’Iran d’atteindre certains seuils nucléaires. Mais ils ne semblent pas en mesure, pour l’instant, de produire une nouvelle architecture régionale stable ni de provoquer un changement de régime. À force de vouloir un accord parfait ou une victoire totale, le risque est de ne produire ni l’un ni l’autre, tout en provoquant un choc économique mondial majeur.
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C’est peut-être là que le réalisme doit reprendre le dessus. L’histoire des relations internationales montre qu’on signe souvent la paix non pas avec ses amis, mais avec ses ennemis. Et parfois même avec des régimes que l’on combat idéologiquement. Un mauvais accord peut alors devenir préférable à une bonne guerre qui détruit tout le monde. Revenir à une forme de statu quo proche de celui d’avant le 28 février, sécuriser les routes énergétiques, contenir le programme nucléaire par des mécanismes de contrôle imparfaits mais fonctionnels, et éviter l’embrasement régional : cela ressemble de plus en plus à la seule issue rationnelle.
Car si cette guerre continue encore des mois, voire davantage, elle ne fera peut-être pas tomber la République islamique. En revanche, elle risque bel et bien d’ébranler durablement les économies occidentales elles-mêmes.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l’Institut Géopolitique Européen (IGE), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.
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