OPINION. « Pourquoi la décarbonation de nos usines est d’abord un instrument de souveraineté »
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Veronique Andrieux
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Par Veronique Andrieux, Directrice générale du WWF France
Tous les financiers ont cependant une aversion légendaire à la subvention. C'est ainsi que, même quand elle en avait les moyens, la France n’a jamais consenti à enclencher l’effort massif que requiert la décarbonation des ménages, pour lesquels les solutions sont pourtant bien connues. Considérant que la rénovation énergétique des logements ou l’accès à un véhicule électrique bon marché étaient trop chers pour des bénéfices trop diffus, l’État s’est embourbé dans des dispositifs complexes qu’il a rabotés à la première occasion.
Si les pouvoirs publics rechignent à financer la décarbonation des ménages, ils doivent l’assumer pour l'industrie dont le petit nombre d'acteurs identifiés - déjà tenus de mesurer leurs résultats, qui sont donc facilement vérifiables - garantit un meilleur ciblage et donc une plus grande efficacité.
C'est un enjeu de souveraineté : aujourd’hui largement dépendante d’énergies fossiles qu’elle est contrainte d’importer, l'industrie français traverse en plus une crise de compétitivité chronique. Et les investissements claironnés pour sa décarbonation sont souvent trop lourds pour être maintenus dans le temps.
Une solution pérenne et efficace pour relocaliser usines et emplois serait de mettre en place un bonus de performance énergétique pour l’industrie. Concrètement, l'État rémunérerait immédiatement toute entreprise industrielle sur sa facture d'énergie, dès lors qu'elle améliore l'intensité électrique de sa production, soit par le “moins” (une moindre dépense d'électricité pour la même production) soit par le “mieux” (en remplaçant le gaz par l’électricité).
Dès lors, il transformerait des investissements lourds à amortir en décisions immédiatement rentables. Avec cette subvention qui serait donc assise sur la réalité de la consommation des usines, non seulement l’argent public se trouverait dépensé au résultat concret en matière de performance énergétique mais il garantirait au passage le maintien des unités de production, et donc des emplois, sur le territoire français.
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En conditionnant un remboursement du prix de l’électricité à des résultats vérifiables en matière d’efficacité énergétique et d’électrification des procédés, ce bonus de performance énergétique alignerait enfin les incitations économiques avec les objectifs climatiques. Il permettrait à la France et à son industrie de renforcer leur compétitivité et leur souveraineté en se dégageant de la dépendance aux énergies fossiles et de la menace des délocalisations… tout en accélérant sa décarbonation.
Dans un contexte de concurrence internationale accrue, cette stratégie n’est plus une option. D’autres grandes économies, en Allemagne comme en Italie, ont déjà engagé des politiques massives pour soutenir leur industrie, en assumant pleinement le lien entre énergie, compétitivité et souveraineté.
La France ne peut rester à l’écart sans prendre le risque d’un décrochage durable.
Le Gouvernement promet aujourd’hui d’accélérer son plan d’électrification pour faire face au choc des prix de l’énergie ; il serait même prêt à utiliser le surplus de recettes issues des taxes sur l'énergie. S’il considère encore la transition des ménages comme trop risquée, qu’il ait au moins le courage de la réussir pour son industrie.
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