OPINION. « À la fin, c'est le collectif qui gagne ! »
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Jean-François Pascal
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Par Jean-François Pascal, Adjoint du Délégué Ministériel en charge de l’ESS (*)
A ce titre, la philosophie de jeu de Luis Enrique, entraîneur du PSG, constitue un petit manifeste à l’usage des temps présents, une réponse emblématique aux défis sociétaux qui sont les nôtres.
Le système de jeu qui vient de conduire les parisiens sur les toits de l’Europe représente, en effet, la meilleure des réfutations de l’individualisme conquérant du néolibéralisme. La fiction du marché auto-régulateur donne une large place à la réussite individuelle et au récit de l’individu qui se fait tout seul. Cet individu poursuit avec égoïsme et avidité son seul intérêt personnel et sa réussite dépend de ses seuls mérites. Dans ce système, la réussite même des organisations collectives dépend de la juxtaposition de talents mis en compétition généralisée, entre eux et bien sûr face aux organisations concurrentes.
Transposé au football, cet esprit est celui des équipes dans lesquelles les propriétaires de clubs et leurs entraîneurs choisissent d’aligner des stars. Le mantra est alors celui des individus rois, de la croyance qui voudrait que l’empilement des individus suffirait à créer, de lui-même, un collectif et que la victoire naitrait de l’exacerbation des différences, de la concurrence et de la compétition de tous contre tous.
L’incapacité du PSG des années Mbappé / Neymar / Messi à monter sur la plus haute marche du podium européen comme l’invincibilité européenne du PSG de Luis Enrique en constituent une puissante réfutation.
Le système et l’esprit de jeu de l’entraîneur parisien ont placé au cœur du succès les dimensions collectives et solidaires. En mettant fin à la politique des « Galactiques » au profit d’un collectif où nul n’est au-dessus du groupe, l’entraîneur espagnol a engagé ce que la presse a décrit comme une véritable « révolution culturelle ». Sa politique de recrutement, qui regarde d’abord la personnalité avant le talent, en témoigne.
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La victoire nait d’un haut degré de coopération entre tous les joueurs, en particulier de l’impressionnante participation aux tâches défensives des attaquants — car ici, pas de hiérarchie de diva : « Avec notre mentalité, tout le monde peut jouer latéral », résume Luis Enrique. Chacun se « sacrifie » pour l’équipe et non pour faire briller son étoile individuelle.
Le choix de Luis Enrique est aussi celui du temps long, de la pérennité de cette cause supérieure et commune que représente le club. Ce temps long passe par la confiance faite à la jeunesse et à la formation plutôt que par l’achat de vedettes déjà faites. Et ce n’est pas un hasard si ce primat du collectif s’ouvre et s’articule spontanément à toutes les autres parties prenantes du club. Les joueurs ne jouent ni seulement pour eux-mêmes, ni d’ailleurs non plus pour la seule victoire de leur équipe, ils jouent pour toutes celles et tous ceux qui les entourent, pour toutes les communautés qui sont aussi le cœur battant du club, à commencer par celles des supporteurs. Le PSG de Luis Enrique est un PSG ouvert et partagé.
Et le résultat — deux Ligues des champions consécutives, fait unique dans l’histoire du club — dissipe le dernier doute : le collectif n’est pas l’ennemi de la performance. Il en est la condition.
Or ces principes et ces valeurs sont précisément au cœur de l’économie sociale et solidaire. Ils sont au cœur de ces coopératives, mutuelles, associations, fondations et entreprises commerciales de l’ESS qui se caractérisent par un triple engagement : défendre l’intérêt collectif et le plus souvent une forme de bien commun et d’utilité sociétale, prendre les décisions de manière démocratique ou participative, ne pas chercher la maximalisation des profits mais mettre les excédents au service de la pérennité du projet collectif. Loin d’être marginale, cette grande famille représente aujourd’hui près de 10 % du PIB, 2,6 millions de salariés et 13 millions de bénévoles.
Le cœur de ces organisations et des liens qu’elles tissent avec leurs écosystèmes repose notamment sur la puissance de la coopération. Il s’agit toujours de faire avec et de faire ensemble. Et ainsi de démultiplier l’intelligence collective et d’innover pour mieux répondre aux besoins en matière d’alimentation, de santé, de travail, d’éducation mais aussi pour nourrir les grandes transitions notamment écologiques et numériques. La « victoire » est ici un combat pour créer et nourrir les liens sociaux, pour étendre la démocratie dans tout le corps social et économique, pour émanciper collectivement les individus.
Alors bien sûr on objectera, avec raison, que le PSG vit de l’argent des qataris, qu’il n’est pas encore un club dont la propriété collective serait celle de ses joueurs ou encore mieux de toutes ses parties prenantes (ce que permettrait le modèle des Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif, les SCIC). Pourtant, qu’un club détenu par un fonds souverain ait dû, pour gagner durablement, redécouvrir le collectif en dit long sur l’épuisement du modèle de l’individu-roi.
Ne boudons donc pas notre plaisir lorsque les valeurs de l’ESS deviennent des conditions sine qua non pour entrer dans la légende !
Car à la fin, c’est toujours le collectif qui gagne.
(*) Jean-François Pascal est l'adjoint du Délégué ministériel à l'économie sociale et solidaire auprès du ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat. Philosophe de formation, il a travaillé à la croisée de la politique, du conseil en communication et des affaires publiques, de l'accompagnement des dirigeants notamment de l'ESS.
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