OPINION. « Réinventer l’existant : le cuivre, levier discret de la modernisation des réseaux »

Jean-Christophe Antoine
DR

Jean-Christophe Antoine
DR
Par Jean-Christophe Antoine, Regional Channel Sales Director chez Alcatel-Lucent (*)
La fermeture progressive du réseau cuivre en France est désormais lancée. À l’horizon 2030, cette infrastructure historique de téléphonie doit disparaître, au profit du très haut débit, porté notamment par le déploiement massif de la fibre qui rend raccordable aujourd’hui plus de 92 % des locaux recensés par l’ARCEP.
Sur le papier, la trajectoire paraît évidente : on remplace une technologie par une autre, plus performante, plus rapide, plus moderne. Dans les faits, c’est rarement aussi simple.
Dans de nombreux bâtiments tertiaires, sites industriels, hôpitaux, infrastructures publiques, les réseaux existants sont encore au cœur du fonctionnement quotidien. Et surtout, ils ne peuvent pas être arrêtés ou remplacés du jour au lendemain. On ne parle plus seulement de remplacement, mais de transformation progressive, sans interruption. Et c’est là qu’une autre lecture devient intéressante : celle d’une forme d’économie circulaire appliquée aux infrastructures numériques. Explications par Jean-Christophe Antoine, Regional Channel Sales Director chez Alcatel-Lucent Entreprise.
Pendant longtemps, moderniser un réseau signifiait simplement le refaire. Partir de zéro, reconstruire, repartir sur une base neuve. Cette logique fonctionne encore dans certains cas. Mais elle devient difficile à tenir dès lors que l’infrastructure est déjà partout, profondément intégrée, et qu’elle ne peut pas être arrêtée sans conséquences.
Re-câbler un bâtiment, par exemple, peut représenter plusieurs centaines d’euros par poste de travail. Et surtout, cela suppose des coupures et des interventions lourdes, parfois incompatibles avec la continuité d’activité.
Dans les environnements critiques, c’est souvent le point bloquant.
Le cuivre a tendance à être perçu comme une technologie du passé. Mais dans la réalité, il est encore très présent dans les réseaux techniques actuels, bien au-delà de la téléphonie.
C’est une infrastructure déjà installée, financièrement amortie, et qui continue de fonctionner.
Et si, plutôt qu’un actif à remplacer, le cuivre était une base existante pouvant être prolongé et réutilisé ?
C’est exactement ce que permettent des approches comme le Single Pair Ethernet (SPE), standardisé notamment par l’IEEE (802.3cg et 802.3bw). L’idée est simple : utiliser une seule paire de cuivre pour transporter données et alimentation.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Concrètement, cela permet d’ajouter de la connectivité dans des bâtiments ou des installations existantes, sans refaire tout le câblage.
Il devient alors possible de déployer des capteurs pour mieux gérer l’énergie, connecter progressivement des équipements industriels pour la maintenance prédictive, ou moderniser des infrastructures publiques par étapes, sans arrêt global.
On ne remplace pas tout. On fait évoluer ce qui existe déjà.
Cette manière de faire rejoint assez directement les principes de l’économie circulaire : prolonger la durée de vie des infrastructures, limiter les déchets techniques, et valoriser l’existant plutôt que de le mettre de côté trop vite.
C’est aussi une réponse à un enjeu de plus en plus présent : l’impact environnemental du numérique. L’ADEME rappelle régulièrement que l’allongement de la durée de vie des équipements et des infrastructures est un levier important pour réduire cet impact.
Mais cette approche n’est pas la plus simple à mettre en œuvre. Elle oblige à composer avec des systèmes hybrides, parfois hétérogènes, et à accepter une modernisation qui n’est pas linéaire.
La fermeture du réseau cuivre ne marque pas seulement la fin d’une technologie. Elle oblige aussi à revoir la manière dont on pense la modernisation. Entre tout remplacer et tout conserver, une autre voie existe déjà : faire évoluer l’existant.
Dans cette logique, le cuivre n’est pas seulement un héritage du passé. Il devient aussi un support de transition.
Reste une question assez simple, mais structurante : comment arbitrer, dans la durée, entre réutilisation de l’existant et nouveaux déploiements ?
______
(*) Jean-Christophe Antoine est un expert des ventes dans le secteur des technologies, avec plus de 35 ans d’expérience en développement commercial et en gestion de réseaux de partenaires. Il évolue chez Alcatel-Lucent depuis 2006, où il a occupé plusieurs fonctions de direction, notamment dans le channel et sur les marchés PME, jusqu’à son poste actuel de Channel Regional Director France. Au cours de sa carrière, il s’est spécialisé dans le pilotage de stratégies de distribution, la gestion de partenaires et le développement des ventes indirectes à l’international. Avant de rejoindre ALE, il a occupé des postes clés dans le secteur IT, consolidant une solide expertise du marché high-tech et des écosystèmes channel.