OPINION. « Make vaccines great again »
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Alexis Dussol
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Par Alexis Dussol, Président de la société de conseil et de formation Adexsol (*)
Faut-il rappeler qu’avant de devenir secrétaire du Health & Human Services (HHS), le neveu de l’ancien Président John Kennedy a œuvré de longues années, à la tête du Children’s Health Defense, un groupe antivaccin connu.
Le nouveau secrétaire d’état à la santé a commencé par limoger, en juin 2025, les 17 membres du Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP), l’instance chargée d’élaborer les recommandations concernant la politique vaccinale, pour les remplacer par de nouveaux membres partageant son scepticisme sur les vaccins et sans aucune expertise sur le sujet pour plusieurs d’entre eux. Cette mesure était censée restaurer la confiance du public dans les vaccins! C’est raté.
Ce nouveau comité a pris, depuis, un certain nombre de décisions, comme celle de ne pas recommander des vaccins contre la grippe contenant un conservateur, le Thimerosal, accusé faussement par les antivax d’être lié à l’autisme. Le comité a également mis fin à une vieille pratique remontant à 1991 consistant à administrer une première dose de vaccin contre l’hépatite B à tous les nouveau-nés. Désormais, les nouveau-nés de mères testées négatives ne sont plus automatiquement destinataires de la première dose. La liste des vaccins recommandées aux enfants américains a aussi été réduit de 17 à 11. RFK Jr a également annoncé que les vaccins contre le Covid ne seraient plus recommandés aux enfants en bonne santé et aux femmes enceintes.
Ce climat de scepticisme envers les vaccins n’est sans doute pas étranger à la baisse des taux de vaccination et à la résurgence de certaines maladies évitables comme la rougeole ou la coqueluche. 2025 a été l’année où les États-Unis ont enregistré le plus de cas de rougeole depuis 1993 et le pays est en passe de perdre son statut de pays ayant éradiqué la maladie.
C’est dans ce contexte, que le juge Murphy du Massachusetts, saisi par six organisations médicales reconnues, dont la respectée American Academy of Pediatrics, a porté un coup d’arrêt à la politique vaccinale de RFK Jr en annulant , le 6 mars dernier, tous les changements effectués par la nouvelle administration Trump dans la politique vaccinale des Etats-Unis. « C’est une victoire significative pour la santé publique, la médecine fondée sur des preuves, l’État de droit et le peuple américain », s’est réjoui, Richard Hughes, un des avocats des plaignants. Nous revoilà donc revenu à la case départ ! Etonnamment, aucun appel n’a été interjeté, à ce jour, contre la décision du Juge Murphy, signe de la prudence qui semble régner sur le sujet, du côté de la Maison Blanche, à l’approche des élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour le camp républicain.
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Afin d’éviter une nouvelle censure des juges, une charte modifiant la composition et le rôle de l’ACIP a été publiée le 31 mars et il n’est pas sûr qu’elle satisfasse les opposants à la politique antivaccin. A RFK Jr de reprendre sa révision de la politique nationale sur les vaccins en commençant par la nomination des nouveaux membres du comité. Va-t-il maintenir ses précédentes options ou mettra-t-il de l’eau dans son vin pour tenir compte des recommandations de la Maison Blanche ? Le président Trump aurait demandé à Mr Kennedy d’aligner le calendrier vaccinal américain sur celui d’autres pays riches, comme le Danemark, l’Allemagne ou le Japon.
Le climat d’incertitude actuel, qui va au-delà de la politique vaccinale, est aggravé par le fait que plusieurs postes de direction sont toujours vacants. La confirmation du Dr Casey Means au poste de chirurgien général est toujours bloquée au Capitole en raison de l’opposition de la commission de la santé du Sénat. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) n’ont toujours pas de directeur. Ces retards traduisent les hésitations de la Maison Blanche à s’aligner sur les positions antivaccins de RFK Jr jugées impopulaires.
En attendant, l’académie de pédiatrie a publié son propre calendrier de vaccination, qui reflète en grande partie le calendrier vaccinal précédent du CDC. La plupart des groupes de médecins, des États et des compagnies d’assurance se sont également engagés à suivre le calendrier précédent. Il faut aussi savoir que ce sont les États, et non le gouvernement fédéral, qui ont le pouvoir d’imposer la vaccination, même si les recommandations des CDC influencent grandement leur réglementation. Ainsi, si l’ultra-républicaine Floride a décidé de mettre fin à toutes les obligations vaccinales, la Californie, l’Oregon et Washington, des Etats démocrates, ont décidé de créer une « alliance sanitaire » qui proposera ses propres recommandations.
La question, que beaucoup se posent aujourd’hui, est de savoir combien de temps le secrétaire d’Etat à la santé restera en fonction. Le président Trump hésitera à se séparer de son secrétaire du HHS, qui compte un certain nombre de partisans à travers son mouvement Make American Healthy Again . Il aurait souhaité que Mr Kennedy adoucisse ses discours sur les vaccins et se concentre sur son programme d’ « alimentation saine » mieux reçu par l’opinion publique.
Pour les opposants à la politique antivaccin de RFK Jr , l’heure est aujourd’hui à « Make vaccines great again » , un slogan qu’on voit fleurir sur les réseaux sociaux, en réaction au vaccinoscepticisme ambiant des autorités de santé. Une opposition qu’on ne saurait désapprouver quand on sait que les vaccins sauvent des millions de vie chaque année, à travers le monde.
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(*) Président de la société de conseil et de formation Adexsol. Ancien élève de l'Ecole des hautes études en santé publique. Ancien président de la conférence nationale des directeurs de centres hospitaliers. Ancien membre de la conférence nationale de santé.
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