OPINION. « Économie américaine : tout va bien... mais pour combien de temps ? »
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Marc Guyot et Radu Vranceanu
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Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC
Vendredi 20 février le BEA va publier sa 1ère estimation de la croissance américaine au T4 2025 qui devrait se situer aux environs de 3,6% d’après le modèle de prévision GDPnow de la Federal Bank of Atlanta. Au T3 2025, la croissance trimestrielle s’établissait à 4,4%, après les 3,8% du T2 (en variation annualisée). Début février l’indice ISM Manufacturier passait pour la première fois depuis 11 mois au-dessus de 50, à 52,6 indiquant que l’économie passait bien en mode d’expansion. En confirmation, l’indice de la production industrielle publiée le 18 février par La Fed a enregistré une progression mensuelle de +0,6% en janvier 2026 pour l’activité manufacturière, la croissance mensuelle la plus élevée depuis un an. Le 11 février, le chiffre des créations mensuelles nettes d’emplois publié par le BLS bondissait à +130 000 pour le mois de janvier 2026 avec un nouveau recul du chômage américain de 4,4% en décembre 2025 à 4,3% en janvier 2026. L’indice des prix à la consommation publié le 13 février par le BLS, indiquait une nette amélioration de l’inflation qui est passée de 2,7% en décembre à 2,4% en janvier en glissement annuel.
Le plus inattendu dans ce triple alignement vertueux de la croissance, du chômage et de l’inflation est leur simultanéité. Il est bien connu en économie que la baisse de l’inflation réclame en général un sacrifice en termes de croissance et de chômage. Ici, il semble que l’économie américaine soit en train de converger vers l’objectif de 2% d’inflation de la Fed sans creuser le chômage et sans grand ralentissement économique.
La croissance nominale (en dollars courants), serait de 8% pour l’année 2025. Cette croissance nominale doit être mise en perspective avec un taux d’intérêt à 10 ans sur les obligations du trésor à 4% actuellement. Ce différentiel de taux signifie que la dette américaine en pourcentage du PIB devrait diminuer, une autre tendance à même de rassurer les investisseurs et les consommateurs.
Donald Trump a bien sûr une explication pour cette apparente prouesse. Elle est la conséquence de sa « merveilleuse » politique de tarifs douaniers généralisés. Nous continuons, comme le reste du monde, à douter de cette explication. En effet, si les tarifs douaniers peuvent avoir des vertus économiques, ce n’est certainement pas, celles d’améliorer l’inflation et d’accélérer la croissance. C’est un remède possible, quoi que brutal, pour traiter un problème de protection de certains secteurs face à la concurrence des importations, mais pas plus que cela.
Un tarif généralisé applicable à toutes les importations, comme celui mis en place par Donald Trump, crée un choc d’offre venant du renchérissement des importations. L’augmentation du prix des importations de biens de consommation et de facteurs de production aurait dû, selon les projections de la quasi-totalité des économistes, dont nous-mêmes, amener une vague d’inflation importée. Ce choc aurait stoppé ou largement entravé la phase de baisse de l’inflation pilotée par la Fed depuis 2022. Il apparait que l’impact des tarifs a pris la forme d’une hausse ponctuelle des prix qui n’a pas enclenché de boucle prix-salaires, et donc d’inflation rémanente. En revanche, les importations ont bien diminué, ce qui a permis de diminuer le déficit commercial américain et de rediriger une partie du revenu national vers la production domestique. De leurs côtés, les exportations sont en hausse, vraisemblablement stimulées par la dépréciation du dollar.
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Au T3 2025, la productivité américaine (hors agriculture) a augmenté de 4.9%, un chiffre très élevé en perspective historique. Lorsque la productivité augmente, les bénéfices sont multiples. Les firmes peuvent diminuer les prix, augmenter les salaires ou distribuer et réinvestir davantage de profit. La hausse continue de la bourse américaine semble valider cette prévision de croissance des profits. Par ricochet, cette hausse entretient un effet de richesse qui soutient la consommation d’une partie des ménages. Notre sentiment est que cette croissance de la productivité est vraisemblablement générée par le déploiement de l’IA. Nous demeurons toutefois prudents par rapport à cette explication. A la fin des années 1990 le déploiement des nouvelles technologies liées à Internet ont apporté une forte croissance de la productivité mais ont aussi créé des anticipations de croissance pérenne excessives. Ces excès ont conduit à une correction boursière majeure en 2001 et à un dégonflement de la bulle internet.
La conjoncture économique actuelle des USA complique singulièrement la vie de Jerôme Powell. Le Président de la Fed a été immédiatement apostrophé par Trump exigeant une baisse des taux d’intérêt au regard de cette baisse de l’inflation. Il serait étonnant que Powell et les membres du comité monétaire de la Fed ressentent la moindre urgence à baisser les taux d’intérêt dans une économie avec un tel taux de croissance trimestrielle et un niveau de chômage proche du plein emploi. Si la hausse du marché boursier est la conséquence d’une bulle spéculative tirée par un excès de confiance dans l’IA, baisser les taux serait également une maladresse, car la Fed n’a pas à nourrir des anticipations auto-réalisatrices.
Cette photo d’une économie américaine en pleine forme est un challenge pour les économistes qui doivent faire preuve d’humilité. Nous sommes surpris par ces bons résultats qui ne correspondent pas à nos prévisions. Il est cependant trop tôt pour considérer l’inflation comme vaincue et la croissance soutenable à plus long terme. Quant aux autres objectifs de Donald Trump de protection des industries américaines, de réindustrialisation du pays et de rétablissement de l’équilibre de la balance commerciale, les résultats devront être jugés dans plusieurs années. Les mois à venir promettent d’être économiquement passionnants.
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