OPINION. « Sortir du déni économique : pour une France souveraine, productive et responsable »
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Frédéric Roussey
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Par Frédéric Roussey, Directeur de cabinet du président sénégalais Macky Sall (*)
La France refuse encore de regarder sa situation économique en face. Ce refus n’est plus une posture politique, c’est un déni collectif. À force de repousser les décisions difficiles, le pays s’est installé dans un déséquilibre structurel dont les effets sont désormais visibles : une dette massive, une perte de souveraineté budgétaire, une dépendance industrielle préoccupante et un modèle social à bout de souffle.
Il faut dire les choses clairement: la France ne traverse pas une crise conjoncturelle. Elle est confrontée à un affaiblissement profond de ses fondamentaux économiques. En 2032, la charge d’intérêt de la dette pourrait atteindre près de 80 milliards d’euros par an. Chaque euro consacré au service de la dette est un euro qui ne finance plus l’avenir, l’innovation, la sécurité ou la transition énergétique. Ce mécanisme d’éviction réduit progressivement notre capacité à décider par nous-mêmes. La dette n’est pas un problème moral, elle est devenue un problème de souveraineté.
Depuis plus de trente ans, notre pays a financé son fonctionnement courant par l’endettement, reportant sans cesse les ajustements nécessaires. Cette crise de la dette est un secret de polichinelle. Ce modèle atteint aujourd’hui sa limite. Une nation ne peut durablement consommer plus qu’elle ne produit. La vérité est simple : la richesse ne se redistribue que si elle est d’abord créée.
Face à cette réalité, l’État doit retrouver un rôle central, mais profondément transformé. Stratège, certes, mais aussi discipliné. La règle d’or budgétaire doit redevenir un principe intangible : le fonctionnement financé par l’impôt, la dette réservée exclusivement à l’investissement stratégique. Ce principe doit être gravé dans une loi organique afin de mettre fin aux contournements permanents.
Cette discipline passe par un audit général de l’action publique. Agences, opérateurs, collectivités : tout doit être évalué sans tabou et au plus vite. L’objectif n’est pas de réduire l’État par idéologie, mais de supprimer les doublons, recentrer les missions et restaurer l’efficacité. Chaque euro économisé doit être réalloué à ce qui constitue le cœur des missions régaliennes et productives : la sécurité, la justice, l’industrie souveraine, la recherche et l’innovation.
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La simplification administrative est un levier majeur. Aujourd’hui, la complexité freine l’activité, décourage les citoyens et coûte cher à l’État. La mise en place de véritables guichets uniques, un pour les citoyens, un pour les entreprises, permettrait de rationaliser les démarches, d’améliorer l’efficacité et de recréer un lien de confiance avec l’administration. Moins d’interfaces, c’est plus de lisibilité et plus de responsabilité.
Cette refondation doit s’accompagner d’une transformation du modèle social. Celui-ci doit continuer à protéger, mais ne peut plus déresponsabiliser. Les aides doivent devenir temporaires, ciblées et contractualisées. Il ne s’agit plus d’indemnités passives, mais d’un véritable revenu de transition, fondé sur un engagement clair vers l’activité, la formation ou la reconversion. La solidarité ne peut être durable que si elle repose sur la responsabilité.
Dans le même esprit, l’impôt doit redevenir un acte collectif. Chaque citoyen doit y contribuer, même de manière symbolique. Ce geste recrée un lien avec la Nation et rompt avec la logique d’assistanat. En contrepartie, l’État doit garantir une transparence totale. Chaque citoyen doit pouvoir savoir simplement, en temps réel, où va son argent et à quoi il sert. La confiance passe par la lisibilité.
Mais aucune réforme sociale ne sera durable sans un choc productif. La France doit engager un véritable choc entrepreneurial. Créer une entreprise ne doit plus être un parcours d’obstacles. Une période de six mois sans charges ni taxes pour les créateurs permettrait de libérer l’initiative et de cesser de tuer les projets avant même leur naissance. L’auto-entrepreneuriat ne peut plus servir de variable statistique pour masquer le chômage. Il faut offrir de vrais statuts, clairs et protecteurs, à celles et ceux qui prennent le risque de créer.
Parallèlement, un plan d’industrialisation stratégique sur cinq ans est indispensable. Santé, énergie, intelligence artificielle, mobilité : ces secteurs conditionnent notre souveraineté future. Pour réussir, ce plan doit s’inscrire dans une loi d’exception, sur le modèle de la reconstruction de Notre-Dame, appliquée cette fois à l’économie réelle. Moins de dispersion, plus d’impact.
Un grand emprunt national, fléché vers l’industrialisation et la transition énergétique, permettrait d’associer les citoyens à cet effort. Encadré par des comités régionaux intégrant industriels, agriculteurs et acteurs locaux, il garantirait un suivi public et une implication territoriale forte. L’écologie ne doit plus être subie, elle doit devenir un projet collectif.
Enfin, entrer pleinement dans le XXIe siècle suppose un investissement massif dans l’éducation. L’intelligence artificielle et les enjeux technologiques ne sont pas des sujets réservés aux experts. Ils sont au cœur de la souveraineté. Former dès le plus jeune âge aux concepts numériques, revaloriser l’apprentissage en s’inspirant des modèles allemand et suisse, orienter les formations vers les compétences d’avenir : c’est préparer une génération capable de produire, d’innover et de décider.
Oui, ces choix impliquent des efforts. Oui, ils susciteront des résistances. Mais refuser la transformation, c’est accepter le déclassement. Le parler vrai consiste à dire que sans changement profond, le modèle social explosera, la souveraineté disparaîtra et la jeunesse se détournera de la promesse nationale pour de bon.
Sortir du déni, c’est choisir la responsabilité. C’est accepter les contraintes pour retrouver la liberté. C’est, enfin, reprendre en main notre destin économique et collectif. La France mérite le meilleur et cela commence par la: la liberté.
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(*) Frédéric Roussey est un dirigeant et conseiller international franco-sénégalais. Directeur de cabinet du président sénégalais Macky Sall, il accompagne depuis de nombreuses années l’action politique et diplomatique au plus haut niveau. Fondateur et président du groupe 1809 aux États-Unis, il conseille États, institutions et grandes entreprises sur les enjeux stratégiques et de gestion des crises. Ancien journaliste indépendant, il a couvert de nombreux terrains géopolitiques à travers le monde. Il est officier de l’Ordre national du Lion du Sénégal.
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