OPINION. « La seule consigne, c’est pas de consigne ! »
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Jean-François Vigier et Odile Begorre-Maire
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Par Jean-François Vigier et Odile Begorre-Maire (*)
En effet, parle-t-on d’une consigne de réemploi comme pour les bouteilles en verre ? Absolument pas, cela n’a aucune place ici. Il s’agit d’une consigne de recyclage qui n’a d’autre but que de traiter les bouteilles plastiques de la même façon que le service public le fait,
En 2020, la loi AGEC fixait des objectifs stratégiques avec un taux de collecte pour recyclage de 90% des bouteilles en plastique mais également une réduction de 50% du nombre de bouteilles à usage unique mises sur le marché.
Depuis quelques années, les grands groupes industriels « metteurs en marché » s’obstinent à vouloir récupérer les bouteilles pour leur propre compte. Cette insistance est quand même suspecte. L’Etat, qui avait reculé à deux reprises en 2019 et 2023 pour instituer cette fausse consigne, revient à la charge en annonçant une concertation qui ne semble au fil des déclarations ministérielles n’en avoir que le nom.
L’AMF, Intercommunalités de France et leurs partenaires ont toujours affirmé leur volonté d’atteindre les objectifs fixés par la loi : il y a 3 ans, nous avons remis 14 propositions concrètes et ambitieuses pour mieux recycler et notamment capter ces importantes quantités de plastique que l’on appelle « hors foyer », disséminées un peu partout dans les espaces publics. Elles démontraient que la fausse consigne n’est pas utile pour atteindre l’objectif de 90 % de recyclage en 2029.
Alors que la consigne refait surface, il est indispensable de corriger certaines approximations et de rappeler quelques vérités.
- Lors de son annonce, le président de la République a insisté sur le fait que la France paye 1,5 milliards d’euros à Bruxelles pour non atteinte des objectifs de recyclage des bouteilles. Ce chiffre correspond à la totalité des emballages en plastique. En réalité, il doit être ramené à 100 millions d’euros pour la seule part des bouteilles plastiques. Conclusion : même en instaurant la fausse consigne, la France paierait toujours 1,4 milliards d’euros d’amende.
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- Cette fausse consigne pénaliserait les petits commerces de nos centres villes qui n’auraient pas les moyens ni l’espace suffisant pour collecter et stocker toutes ces bouteilles. Ce sont bien sûr les grandes surfaces qui auraient la capacité d’installer des automates pour récupérer ces bouteilles.
- Les habitants des zones rurales seraient également défavorisés puisque les metteurs en marché installeraient prioritairement les automates dans les centres commerciaux des zones urbaines. Nos concitoyens devraient faire des kilomètres en voiture pour rapporter leurs bouteilles, aggravant leur bilan carbone. Par ailleurs, à l’heure où s’envole le prix de l’essence, voilà bien une mesure anti-pouvoir d’achat par excellence.
- 6 chiffres illustrent l’absurdité de la fausse consigne : 4,8 millions de tonnes, c’est le nombre total de plastiques consommés en France chaque année. 1,2 millions tonnes, c’est le nombre total annuel d’emballages plastiques consommés en France. 340 000 tonnes, c’est 90 % des 380 000 tonnes de collecte attendues en 2029 dans le cadre de la Loi AGEC. 220 000 tonnes, c’est à peu près le chiffre de collecte atteint fin 2025.
Donc, pour capter ces 120 000 tonnes, les industriels sont prêts à investir entre cinq cent millions et 1 milliard d’euros, coût d’installation des automates de récupération des bouteilles plastiques ?
D’où une question simple : à qui tout cela profite-t-il, au consommateur ? Pas une seule seconde.
Depuis 2016, le geste de tri a été simplifié : tous les emballages vont dans le bac jaune. Enlever la bouteille en plastique, c’est à la fois complexifier le geste de tri et commencer à démanteler le service public de gestion des déchets. Ce dernier a fait ses preuves, le préserver est essentiel. Les collectivités ont investi massivement pour construire des centres de tri performants, toujours adaptés aux nouvelles technologies. Retirer les bouteilles déséquilibrerait tout un secteur financé notamment par la fiscalité.
Au moment où le gouvernement semble vouloir décider très vite, réaffirmons qu’il ne faut pas se tromper ni de cible ni de combat.
La cible, ce sont tous les plastiques et pas seulement les bouteilles.
Le combat, c’est celui de la réduction des déchets à la source et donc la réduction des plastiques et des bouteilles. Cet objectif est une des réponses globales à l’urgence climatique qui passe par la disparition des plastiques.
Enfin, on peut regretter que cette annonce s’inscrive dans la litanie de mesures gouvernementales qui n’ont de cesse que de porter atteinte à la libre administration des collectivités locales. Car au final, au-delà des enjeux climatiques, c’est encore un recul en matière de décentralisation que les élus subiraient.
Face à la puissance gouvernementale et la pression des metteurs en marché, nous sommes plus que jamais déterminés à nous battre parce que notre combat est juste.
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(*) Jean-François Vigier, Maire de Bures-sur-Yvette, Président du Siom de la Vallée de Chevreuse, Vice-Président de l’Association des Maires de France et Co-Président Commission Transition Écologique. Odile Begorre-Maire, Membre associée Bureau Intercommunalités de France, Membre de la CiFREP et du CNTE et Conseillère communautaire du Bassin de Pompey
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