ENTRETIEN — Perçue comme réservée, l’ancienne étoile de l’Opéra de Paris revendique surtout une rigueur qu’elle s’impose à elle-même. Elle incarne en cette rentrée Barbara dans un seul en scène intime.À 62 ans, l’ancienne étoile avance avec une allure que le temps n’altère pas : une démarche de danseuse, discrète, presque secrète. On la dit distante, parfois « pas commode ». Elle est surtout intraitable avec le flou et l’à-peu-près, fidèle à une discipline intérieure sans compromis. Cette rigueur vient de loin. Enfant timide mais hyperactive, elle entre à 10 ans à l’Opéra Garnier et trouve dans le corps de ballet son premier langage.
À partir du 12 janvier, elle dansera, chantera et jouera Barbara dans un seul en scène. Comme la dame en noir, elle habite la nuit, cultive le mystère et avance à pas lents, précis. Une étoile qui n’a jamais craint l’obscurité, pourvu qu’elle éclaire juste.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Avez-vous eu l’occasion de rencontrer Barbara ?
MARIE-CLAUDE PIETRAGALLA — En 1993, une de ses amies proches, frappée par nos similitudes, m’a emmenée à l’un de ses concerts puis dans sa loge. Barbara m’a accueillie merveilleusement et nous avons évoqué un projet commun sur scène. Je lui ai dit que je la voyais comme une ballerine tant ses déplacements étaient chorégraphiés et ses spectacles théâtralisés. Elle était d’un tel enthousiasme ! Hélas, elle a arrêté ses spectacles peu après et ce rêve n’a jamais pu se réaliser.
Vous avez créé ce spectacle quelques mois avant le décès de votre mère, il y a deux ans. Sa disparition a-t-elle influencé votre décision de concrétiser ce projet ?
Très certainement. Maman était elle aussi frappée par ma ressemblance avec Barbara. Les six derniers mois de sa vie ont été terriblement douloureux. À 95 ans, elle ne parlait plus, ne mangeait plus, ne se levait plus. Je ne savais même plus si elle comprenait ce que je lui disais. Je l’ai accompagnée jusqu’au bout et cette épreuve m’a poussée à créer. Mon père, quant à lui, est mort il y a 21 ans, alors que j’étais enceinte de quatre mois. La petite fille en moi voudrait encore pouvoir les appeler. Leur absence est une douleur qui ne s’efface pas. On apprend simplement à vivre avec.