LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous avez refusé beaucoup de propositions pour parler de votre père. Cette fois-ci, vous avez accepté l’idée de faire un documentaire. Pourquoi ?
MAZARINE PINGEOT — En général, je n’aime pas trop parler de mon père et mélanger les genres. C’est toujours compliqué de trouver la bonne distance, la bonne place. Au début, je pensais accompagner un projet, mais pas m’y engager moi-même. Ça fait partie de mon rôle que d’essayer de lancer des projets sans forcément apparaître.
L’INA a fini par me convaincre que ça valait le coup. Comme le sujet est à bonne distance entre un portrait intime et son rapport à la littérature, et porte aussi un point de vue politique sur le rapport à la culture, ça a emporté mon avis.
Comment vous est venue l’idée de mettre en avant sa vie d’écrivain plutôt que celle d’homme politique ?
Je ne l’aurais jamais fait si ça n’avait été que politique, il y a plein d’autres gens qui peuvent le faire bien mieux que moi. Alors que cet aspect-là m’intéressait à plein d’égards. D’abord parce que moi-même j’écris. L’amour de la littérature est quelque chose qu’on partage, et c’est aussi une histoire de transmission. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté de le faire.
Ensuite, il y a un aspect politique important pour moi, qui est de rappeler ce qu’était une politique culturelle. La culture ne se défend pas toute seule, elle a besoin d’être accessible à tous. S’il n’y a pas une volonté politique derrière, elle devient juste un privilège de quelques-uns. Cet espace-là permet aux gens d’avoir une double vie, une vie augmentée. C’est très important de pouvoir accéder à des œuvres d’art, que ce soit de la musique, de la littérature ou du théâtre.