« Nous l’orchestre », « La Poupée », « Soumsoum, la nuit des astres », « Drunken Noodles »... Nos critiques cinéma de la semaine
Un premier long-métrage réussi pour Sophie Beaulieu, un troisième long-métrage décalé, vagabond, provoquant et poétique pour l'Argentin Lucio Castro ou encore le nouveau documentaire de Philippe Béziat au cœur de l'Orchestre de Paris : découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 20 avril 2026.
Lui, c’est le chef d’orchestre de l’Orchestre de Paris installé depuis peu à la Philharmonie : le jeune prodige finlandais Klaus Mäkelä, qui déclare d’entrée de jeu : « L’orchestre est une société basée sur l’autorité et le collectif. » Eux, ce sont tous les membres de cet orchestre d’exception. Dès les premières images de Nous l’orchestre, le nouveau documentaire de Philippe Béziat (Indes galantes, 2020), on passe ainsi de l’un aux autres, de l’individu à ce collectif composé de personnalités singulières.
Tour à tour et face caméra, les instrumentistes témoignent de leur quotidien quand ils jouent avec l’orchestre. Soit des impressions sonores bien différentes de celles que nous, auditeurs, percevons, comme cette contre-bassoniste qui entend derrière elle les « cuivres qui forment un mur compact », à sa droite, les bassonistes dont les sons proches du sien la font se croire « à la maison » et puis les « contrebasses repérées plus à l’œil qu’à l’oreille » et enfin « les cordes, loin comme dans un bassin ».
Mais au-delà de cette mise en perspective sonore très troublante, on découvre des femmes et des hommes hypersensibles pour qui la musique contient tout ou presque. À l’instar de ce violoniste qui, dans l’étui de son violon, a des photos de ses parents avant leur séparation et qui confesse sans détour : « J’ai remplacé mon père par le violon, c’est certain. » Ou bien encore ce joueur de cor anglais qui souligne qu’il s’agit de « l’instrument mélancolique de l’orchestre », tout en disant que lui-même n’est pas « mélancolique ».
De confidences intimes en souvenirs professionnels, de concerts en répétitions, de Ravel à Mahler, le film nous fait vivre l’intensité de la création musicale à travers ce condensé d’humanité et de poésie qu’est manifestement un orchestre. Après avoir vu Nous l’orchestre, impossible d’assister à un concert sans y penser fortement.
🎬 Nous l’orchestre, de Philippe Béziat. 1h30. Sortie le 22 avril.
Le retour de Michael Jackson
Le 25 juin 2009, Michael Jackson mourait brutalement d’une overdose de médicaments. Dix-sept ans plus tard, la sortie mondiale d’un ambitieux biopic consacré au « King of Pop », sobrement intitulé Michael, s’accompagne d’une forte attente teintée de controverse. Calibrée pour briller au box-office, cette production frôlant les 200 millions de dollars a déjà affolé les compteurs : sa bande-annonce, diffusée à l’automne 2025, a cumulé 116 millions de vues en 24 heures, record absolu pour un biopic.
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Dans Michael, l’auteur de Beat It et de Thriller est incarné par Jaafar Jackson, qui n’est autre que son neveu et avec qui la ressemblance est stupéfiante. L’expérimenté Antoine Fuqua (Training Day) est aux manettes de ce récit sur trois décennies, depuis les Jackson Five jusqu’au concert londonien du Bad World Tour en 1988.
Tourné début 2024, Michael abordait initialement les accusations d’agressions pédocriminelles qui visent la star. Mais, comme l’a révélé Variety, il a fait l’objet d’une réécriture et de reshoots en juin 2025, contraint légalement par l’accord passé en 1994 avec la famille de Jordan Chandler, stipulant notamment de ne jamais exploiter l’affaire.
Malgré les controverses, la musique et la « marque » Michael Jackson restent très profitables, et les studios Lionsgate visent avec Michael des recettes mondiales s’élevant à plus de 700 millions de dollars. La condition de son succès, et aussi celle pour une suite se déroulant dans les années 1990, déjà évoquée par les studios.
🎬 Michael, d’Antoine Fuqua, avec Jaafar Jackson, Colman Domingo, Miles Teller et Nia Long. 2h07. Sortie le 22 avril.
Une poupée qui fait oui (3⭐️/5)
Rémi, sympathique vendeur de gazon synthétique qui ne s’est jamais remis d’un grand chagrin d’amour, vit avec une poupée sexuelle. Mais un jour, sans préavis ni raison apparente, « Audrey » (Zoé Marchal) prend vie. Avec La Poupée, Sophie Beaulieu écrit et réalise un premier long-métrage surprenant et réussi. En assumant toute l’absurdité de la situation sans jamais chercher à l’expliquer, cette comédie romantique se fait parodique et maligne.
Plutôt que de se concentrer sur l’éveil de la poupée, on s’attache aux réactions très amusantes de Rémi (Vincent Macaigne) : la femme de ses rêves, devenue trop réelle, va par son innocence le placer face à l’absurdité et aux contradictions de son comportement.
On rit de bon cœur devant le décalage des situations, d’autant plus que c’est avec bienveillance qu’y sont distillées quelques piques bien envoyées au patriarcat. Entouré de Zoé Marchal, dont la présence à l’écran captive, et de Cécile de France, toujours juste, Vincent Macaigne investit avec brio ce rôle de clown triste, un registre qu’il maîtrise à la perfection.
🎬 La Poupée, de Sophie Beaulieu, avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Gilbert Melki. 1h20. Sortie le 22 avril.
Nocturne étrange (4⭐️/5)
Figure reconnue du cinéma africain, le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Daratt, Un homme qui crie, entre autres) revient avec un conte fantastique teinté de réalisme. Soumsoum, la nuit des astres fait référence à un récit traditionnel selon lequel, durant cette nuit particulière, des personnes masquées s’accouplent en toute liberté.
Aya, l’héroïne du film, en serait issue. Elle, la marginale aux pratiques animistes, rejetée par sa communauté. Elle qui va rencontrer Kellou, une jeune fille en proie à des visions. Toutes deux vont partager une longue quête initiatique dans les sublimes décors du plateau tchadien de l’Ennedi, une succession de massifs dans le Sahara, dans le nord-est du Tchad.
Contre le rigorisme religieux et le patriarcat social, les deux jeunes filles cherchent et inventent un autre monde où même les montagnes peuvent se mettre à tourner. Esprits cartésiens s’abstenir absolument. Les autres seront fascinés par le charme certain de ce film aux allures de récit légendaire.
🎬 Soumsoum, la nuit des astres, de Mahamat-Saleh Haroun, avec Maïmouna Miawama, Eriq Ebouaney. 1h41. Sortie le 22 avril.
L’art de broder (4⭐️/5)
Avec Drunken Noodles, l’Argentin Lucio Castro signe un troisième long-métrage dans la lignée de ses précédents : décalé, vagabond, provoquant et poétique. Le Français Alain Guiraudie n’y serait pas dépaysé. Ce pourrait être le parcours initiatique bien balisé d’un étudiant en art qui débarque à New York à l’occasion d’un stage dans une galerie.
Mais c’est compter sans le plaisir du cinéaste à multiplier les pas de côté et autres moments suspendus qui échappent à la chronologie pour mieux céder aux ellipses. Sans oublier également la présence tutélaire d’un artiste brodeur septuagénaire dont les œuvres aussi naïves que belles viennent rythmer le récit.
Au fil de ces broderies successives, on plonge dans un univers qui résiste à toute explication. Lucio Castro n’en finit pas d’enchanter le réel à travers quatre tableaux dont chaque volet est annoncé par une brève séquence cousue de fils colorés. Délicat comme un rêve éveillé.
🎬 Drunken Noodles, de Lucio Castro, avec Laith Khalifeh, Ezriel Kornel, Matthew Risch. 1h22. Sortie le 22 avril.