Signataires surpris. La chronique de Philippe Vandel

Découvrez la dernière chronique de Philippe Vandel.
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✍️ Juliette Binoche, Adèle Haenel, Swann Arlaud, Jean-Pascal Zadi et tant d’autres : ils ont signé. Ils sont « 600 professionnels du cinéma » à avoir apposé leur paraphe au bas d’une tribune publiée dans Libération, à la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, pour dénoncer « l’emprise de Bolloré ». Télérama ne s’émeut pas : la pétition « n’a pas fait tant de vagues sur la Croisette pendant cinq jours ».
➕ Mais voilà que dimanche, lors d’un brunch organisé par Canal+ avec des producteurs, le directeur général du groupe, Maxime Saada, affirme qu’il ne souhaitait plus « que Canal+ travaille avec les signataires de cette tribune ». Il se justifie : « Si certains viennent à qualifier Canal+ de “crypto-fasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux. La limite est là. » Libé précise avec justesse que la pétition ne mentionne pas ce mot, mais qu’il a été prononcé dans un entretien par le réalisateur Arthur Harari, qui visait Vincent Bolloré, propriétaire de Canal+, et non la chaîne elle-même.
🌊 Un tsunami est en approche. Il avait été repéré par quelques vigies. Le Parisien, mardi 19, se rappelle la première semaine du Festival : « Avant des interviews d’acteurs ou de réalisateurs, plusieurs attachés de presse ont précisé aux journalistes qu’il ne fallait poser aucune question sur la tribune. » D’où l’absence de vagues notée par Télérama ?
🤫 Le quotidien ajoute : « Depuis ce dimanche, la consigne est devenue systématique : la tribune est taboue. Ceux qui ont signé ont publié une réponse officielle, dans laquelle ils dénoncent notamment “des méthodes d’intimidation”. Mais la plupart d’entre eux refusent de s’exprimer en leur nom propre. Et parmi ceux qui n’ont pas signé le texte, rares sont ceux qui acceptent de commenter le sujet. » Pas facile de tendre un micro : les non-signataires se claquemurent tout autant que les signataires. C’est le retour du cinéma muet.
🤐« Sueurs froides sur la Croisette », constate La Croix. 20 Minutes fustige une « liste noire ». Courrier international se désole : « Le Festival de Cannes avançant, il devient de plus en plus difficile de discuter de la lettre ouverte publiée dans Libération. »
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🗡️Libé a interrogé des signataires : « Cette tribune avait comme rôle de lancer une alerte », disent auprès de Libération des productrices signataires qui préfèrent rester anonymes. C’est un problème dans le problème : les signataires ne veulent plus avoir signé. Ou alors anonymement. Continuons : « Les gens disaient que ça allait être un coup d’épée dans l’eau, mais ça a provoqué une déflagration, on a été surprises. » Autrement dit : ces signataires ne s’attendaient pas à ce que leur texte ou leur signature puissent avoir des conséquences.
📸La riposte ne se fait pas attendre. En quarante-huit heures, les 600 noms sont devenus 2.400 ! Le Figaro s’interroge sur ce quadruple galop : « Pétition anti-Bolloré : qui sont vraiment les 2.000 signataires ? ». La tribune les présente toujours comme des « professionnels du cinéma ». La journaliste Léna Lutaud a « passé vingt heures […] à éplucher la liste, nom par nom », souvent sur Internet, car tous ne figurent pas sur IMDb, référence pro du cinéma mondial. Elle a choisi son premier exemple : « D’emblée, on sursaute. […] Romy Alizée […] s’affiche comme photographe et travailleuse du sexe. » L’enquêtrice relève que de nombreux signataires n’ont « aucune accointance avec le cinéma. [Ils] travaillent pour des émissions télévisées, dans le milieu universitaire, pour des concerts, des clips, de l’art contemporain, des spectacles pour enfants, la danse, le théâtre, et même au ministère de la Culture. »
🌟Et les gros noms, alors ? Justement, en voici un : « Selon nos informations, un célèbre acteur et réalisateur aurait déjà téléphoné à Canal+ pour faire amende honorable. “J’avais mal lu le texte”, aurait-il dit. Contacté par Le Figaro, il n’a pas donné suite. » Qui est-ce ? Cette fois, c’est la journaliste qui se tait.
💔« Les Nuls se déchirent », écrit Pure Médias. Sur ses réseaux, Dominique Farrugia défend Canal+ : « J’apporte tout mon soutien à Maxime Saada et aux équipes cinéma de Canal. J’ai longtemps travaillé avec eux et je sais ce que le cinéma français leur doit. » Pas Alain Chabat : « Il y avait plein de manières de réagir à ce truc-là. Mais de là à rajouter ce coup de pression à deux balles à des gens qui donnent une opinion, ou en tout cas qui ont une inquiétude, légitime ou pas… »
🦞Dans la matinale de France Inter, Gilles Lellouche se mouille sans se mouiller tout en se mouillant : « Il y a une grande diversité dans ce que produit Canal+. […] Je pense qu’il y a une forme d’injustice ressentie de la part de Canal+. Par contre, je pense qu’on est dans un pays où chacun peut s’exprimer et signer des pétitions. Donc c’est deux injustices qui s’additionnent et effectivement c’est un gâchis. » Télé Star n’a pas apprécié : « Gilles Lellouche prend des pincettes géantes ». Quoi dire sans se fâcher avec tout le monde ?
🥸On songe à Groucho Marx, ce génie qui a révolutionné le comique au cinéma : « Voilà mes principes ; s’ils ne vous plaisent pas, eh bien j’en ai d’autres. »