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« Sous l’horizon », le quartier de la Défense se transforme en musée à ciel ouvert

Daniel Schick

Publié le 16 avril 2026 à 14:00

Le Pouce de César est l'une des sculptures emblématiques du quartier de La Défense, et fait partie d'une série d'œuvres portant le même nom.

Le Pouce de César est l'une des sculptures emblématiques du quartier de La Défense, et fait partie d'une série d'œuvres portant le même nom.

Constance Decorde

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L’exposition « Sous l’horizon » conduit au fond des océans. Sur la dalle, des artistes majeurs s’emparent des espaces du quartier.

Quoi ? Aller à la Défense, de l’autre côté de la Seine, en banlieue ouest, pour découvrir, contempler des œuvres récentes ou majeures de créateurs entrés dans l’histoire de l’art, Jamais ! Numquam dicere numquam ! Donc, prendre le métro et arriver à quelques minutes de l’Arc de Triomphe, au bout de la ligne 1, au début d’un autre monde. Se passe-t-il à la Défense – des quartiers entiers d’affaires composés d’une soixantaine de tours, gestes et défis architecturaux depuis les années 1960, de logements (près de 50.000 habitants), et accueillant des étudiants (70.000) – autre chose que des transactions et des optimisations ? Oui et encore oui.

Partout se trouvent des boutons pause, des propositions artistiques qui nourrissent la vie, l’embellissent, conduisent à la réflexion. Les œuvres sont souvent immenses, de Calder à Miró, de Venet à Moretti sans oublier les « p’tits jeunes », Bertholon ou Lilian Bourgeat et son banc surdimensionné. Un nouvel envol décidé par l’établissement public Paris La Défense conduit le site à une « réartification » intense, à une longue opération de décarbonation indissociable d’une nouvelle mise en valeur des œuvres existantes.

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La Défense se trouve à la Défense. La Défense de Paris est le nom d’une sculpture de Louis-Ernest Barrias (1841-1905) inaugurée en 1883. Elle rend hommage aux soldats qui partirent de l’emplacement actuel de la Défense pour contrer les Prussiens en 1871 et leur volonté de conquérir Paris. La sculpture est là, dans l’axe sacré Louvre - Saint-Germain-en-Laye, où résidèrent des rois avant le choix unique de Versailles. L’arche, signée Johan Otto von Spreckelsen, est un immense cube ajouré afin que l’axe puisse poursuivre son envolée. Le film L’inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier s’est emparé des fabuleux destins de l’architecte et de sa réalisation.

À la Défense, il est d’abord recommandé d’errer. Battue par le temps, le vent, la pluie, l’air courant et cavalant, la force des œuvres plie parfois mais ne rompt pas. Toujours en forme, le très grand Pouce de César (12 mètres) est devenu le rendez-vous des déjeuneurs… sur le pouce. Griffant le ciel, les cheminées d’aération tiennent magnifiquement les œuvres drapées sur elles dont les stries joyeuses de Moretti qui vécut à la Défense. Le Cube Sphère et ses grêlons façon or de Cyril Lancelin continue de trancher par ses rondeurs avec les arêtes et le verre gris ou bleuté des tours proches.

Avis aux amateurs d’art sous toutes ses formes : cette année, Les Extatiques se réinventent en une véritable saison culturelle intitulée « D’autres mondes », une ode au vivant, à l’écologie et aux réalités invisibles.
Avis aux amateurs d’art sous toutes ses formes : cette année, Les Extatiques se réinventent en une véritable saison culturelle intitulée « D’autres mondes », une ode au vivant, à l’écologie et aux réalités invisibles. (Crédits : Augustin Détienne)

Le serpent géométrique de Bernar Venet s’entortille sur lui-même en deux lignes indéterminées avalées par un environnement triste. Ouf, son écrin est en restauration comme le sera l’emblématique Araignée de Calder qui a mal à son rouge autrefois flamboyant. Les jardins en installation sur les dalles vont permettre aux sculptures-bancs de Shelomo Selinger de jouer leur rôle sous une pléiade d’arbres. La défonce à la Défense ? Facile. Le jeu de mots vient de François Morellet, auteur de l’œuvre qui porte ce nom. Composée de barres d’acier, celles-ci semblent défoncer la dalle, s’en extirper.

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Murmure des abysses

Afin que la Défense vive, revive, par l’art, rien de mieux que des événements et expositions temporaires. Inattendue est l’exposition « Sous l’horizon ». Sous la grande dalle de l’arche de la Défense, l’expo permet de plonger dans les entrailles et mystères des océans. Ceux-là mêmes mis en danger, involontairement, inconsciemment ou pas, par les humains qui travaillent au-dessus. Courageux. Les abysses sont un geyser d’inspiration pour les créateurs invités. L’expo permet d’entrer dans le placenta de notre histoire, de s’approcher poétiquement de notre « mer patrie ».

Plonger dans l’expo, c’est quitter le monde du bruit pour celui du silence, enfin presque. Les océans murmurent. De vrais sons sous-marins accompagnent la visite, du battement d’un cœur de poisson (œuvre en verre et son d’Antoine Bertin) aux bactéries murmurantes nées il y a 3 milliards d’années. Le parcours est également accompagné d’un texte de Mariette Navarro lu par Emily Loizeau. Dans une pénombre maîtrisée, une tentaculaire installation conduit à une descente en rêveries profondes. Ugo Schiavi a imaginé des êtres chimériques suspendus dans l’espace. Ils « vivent » devant les visiteurs qui les frôlent, émerveillés et intrigués.

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Surprenante et fascinante est la présence du savoir et de la créativité du scientifique plasticien Jeremie Brugidou, passionné par la bioluminescence. Nombre de créatures et de bactéries créent leur propre lumière sans avoir besoin du soleil. Sous la dalle, elles en jettent. Soudainement, les visiteurs entrent dans les cieux, l’espace infini. Ils se retrouvent en face d’astres suspendus qui n’en sont pas. Il s’agit de bactéries des abysses. Infiniment petites, elles ressemblent à l’infiniment grand de l’espace. Comme les étoiles filantes, bactéries et astres laissent derrière eux une longue traîne de questions sans réponses. Dans la dernière salle, une installation avec poufs de Shivay La Multiple conduit chaque visiteur à méditer, à remonter lentement à la surface avec des œuvres liées aux croyances nées au fond des mers.

Si on plante à foison près de la Grande Arche, ça dépote fort. Dans un petit immeuble insignifiant et désaffecté de quatre étages, les murs parlent, hurlent même. Ici gît un espace quasi inconnu et pourtant essentiel parce qu’en osmose avec des pratiques nées en partie dans les banlieues françaises comme dans les faubourgs de New York dans la fin des années 1960 : le street art, devenu plus largement l’art urbain. Dans le musée-expo « Zoo Art Show », pas une pièce, pas un escalier, pas un couloir qui ne soit animé par des œuvres ultra-flashy, ultra-graphiques et parfois ultra-engagées.

Implanté au cœur du parvis de La Défense, haut lieu du street art parisien, au pied du métro La Défense – Grande Arche et à quelques pas de l’araignée de Calder, ZOO ART SHOW investit Paris pour la première fois.
Implanté au cœur du parvis de La Défense, haut lieu du street art parisien, au pied du métro La Défense – Grande Arche et à quelques pas de l’araignée de Calder, ZOO ART SHOW investit Paris pour la première fois. (Crédits : ZOO ART SHOW PARIS LA DÉFENSE)

Certaines décoiffent Trump à le faire tomber de sa tour. Audacieux, ludiques, pleins de peps et de poésie, les murs affichent une exaltante diversité de styles (œuvres de 28 pays). Tout frétille joyeusement. Les visiteurs aussi. À la Défense, errer, se divertir, découvrir, apprendre, réfléchir. Jamais ? Mieux vaut ne jamais le dire.

Sous l’horizon, salle des Colonnes, à côté de la Grande Arche. Commissaires : Lauranne Germond et Sara Dufour (COAL), jusqu’au 26 avril. Zoo Art Show 4, place de la Défense, à côté du Cnit, jusqu’au 28 juin, zooartshow.com, parisladefense.com/fr.

Art Paris : suivez le guide
Dernière ligne droite pour la 28e édition d’Art Paris. Au Grand Palais, les 165 exposants français et internationaux présentent un concentré de la scène moderne et contemporaine. Nos quatre conseils pour une visite réussie :
- Se laisser guider par le parcours « Babel », qui explore le langage à travers le travail de 21 artistes. Un voyage dans le temps et les formes qui vous mènera à Ben Vautier (galerie Catherine Issert), dont les phrases manuscrites incarnent pleinement le thème, mais aussi à l’univers singulier de Laure Prouvost (galerie Nathalie Obadia), en passant par une installation de Camille Tsvétoukhine (galerie Loevenbruck) ou une œuvre de Jean Dubuffet (galerie Jeanne Bucher Jaeger).
- Suivre la vingtaine d’artistes qui, comme la sculptrice américaine Alison Saar (galerie Lelong), la dessinatrice chilienne Sandra Vásquez de la Horra (galerie Bendana-Pinel Art contemporain) ou l’artiste birman Nge Lay (A2Z Art Gallery), interrogent les notions de réparation, qu’elle soit intime ou historique, deuxième fil rouge de cette édition.
- Assister à la conférence sur la gestion d’une collection particulière, sorte de kit de survie à l’usage des curieux, collectionneurs débutants et amateurs d’art. (Stand B0 de 14 h 30 à 16 heures).
- Prolonger la visite du quartier d’affaires de la Défense en s’attardant sur des œuvres de Lilian Bourgeat (galerie Lange + Pult), Bernar Venet (galerie 8+4, A&R Fleury, Alexis Lartigue, Mala Gallery, galerie Rabouan Moussion, Waddington Custot, galerie de l’Élysée) ou François Morellet (galerie Catherine Issert, Oniris.art, galerie Pietro Spartà, galerie Zlotowski). 
Au Grand Palais, 7, avenue Winston-Churchill (Paris 8e), de 12 heures à 19 heures, 35 euros.

Devant le Grand Palais, dans le 8e arrondissement de Paris, deux sculptures gonflables de Fabrice Hyber accueillent les visiteurs d’Art Paris 2026, du 9 au 12 avril : dont Ted Hyber, un ours vert de 10 mètres de haut, déjà visible.
Devant le Grand Palais, dans le 8e arrondissement de Paris, deux sculptures gonflables de Fabrice Hyber accueillent les visiteurs d’Art Paris 2026, du 9 au 12 avril : dont Ted Hyber, un ours vert de 10 mètres de haut, déjà visible. (Crédits : Marc Domage)

Daniel Schick

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