« Mukudori » ou la valse aux adieux
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L'écrivaine japonaise Aki Shimazaki.
LTD / DR
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Deuxième volet d’un cycle qui n’a pas encore de nom, Mukudori se déroule dans une temporalité parallèle à Ajisaï, le précédent, et lui donne une autre perspective : pendant que Shôta vit une passion qui le déchire avec la propriétaire de la maison dont il est le gardien, ses parents traversent leur propre expérience de la perte : le grand magasin que dirigeait son père, Atsuhi, et dont sa mère, Matsuko, était employée, fait faillite.
Ils se réfugient dans leur chalet après avoir tout perdu et lisent le livre préféré de leur fils, ce qui les relie tous trois en une murmuration, danse aérienne de milliers d’oiseaux qui volent en formation, chorégraphie paradoxale d’absence et de cohésion. Envisagée sous un nouvel angle, cette triangulation évolue jusqu’à basculer, Atsuhi, malade, n’ayant que quelques mois à vivre.
Matsuko, elle, se sent comme appelée par Matsuo, son jumeau d’idéogramme, rencontré par hasard. Il lui parle de son amour des oiseaux, tandis qu’Atsuhi lui dit vouloir renouer avec l’ornithologie, passe-temps de jeunesse : ce que les deux époux vivent chacun de leur côté les réunit pourtant, convergeant dans la même direction. Matsuo, le nouveau venu, trouve sa place dans leur murmuration – rapprochement dans l’éloignement, constellation sentimentale au sein de laquelle les rôles évoluent et se redistribuent.
En lui parlant lui aussi des étourneaux, Atsuhi indique sans le savoir à Matsuko la direction de Matsuo. Ce qui était tu chez lui, cette passion endormie, est ce qui a rapproché sa femme de Matsuo, comme si le nouvel homme rencontré était le prolongement de l’époux, une nouvelle interprétation de lui. Atsuhi, lui, se met à cuisiner avec Matsuo grâce à ce qui lui a appris Matsuko – trio en recomposition, passation tacite où celui qui n’est bientôt plus là l’est d’une autre manière…