Cette ville qui n’en est administrativement pas une existe surtout dans le regard de ceux qui l’aiment pour sa lumière, sa liberté et son refus des artifices.
À lire les panneaux routiers, les calicots, Serre-Chevalier n’existe presque pas. Cette station pourrait presque figurer dans Les villes invisibles d’Italo Calvino (1972), où l’écrivain italien décrivait 55 localités imaginaires. En fait, Serre-Chevalier est un massif et un domaine skiable partagé par quatre communes : Briançon, Chantemerle, Villeneuve, et Le Monêtier-les-Bains.
Nous sommes donc bien au bord d’une ville invisible, sans centre, sans murs. C’est un lieu qui n’existe que dans le mouvement de ceux qui le traversent. D’où cet attachement presque irrationnel d’une clientèle de toute évidence guère soucieuse de noms ronflants, d’étiquettes surlignées et de manteaux de fourrure. Étirée dans une longue vallée pittoresque d’une vingtaine de kilomètres, choyée par un soleil méditerranéen, Serre-Chevalier appartient à ces élèves très doués qui se laissent vivre, ravis de leur bien-être et nullement focalisés par la course aux étoiles, aux récompenses et autres hochets.
Si l’on vient ici, c’est très clairement pour profiter de la montagne, du soleil et d’une décontraction communicative. C’est de la montagne pure, sans adjuvant ni exhausteur de goût. Elle est dans sa nature, presque effrayée qu’un jour on vienne la délayer.
C’est nouveau ! Le Bastion (restaurant de l’hôtel Garrigae Caserne de Briançon), Maison Soyeuse (restaurant de l’hôtel du même nom) et une nouvelle gérance au Grand Hôtel relançant cette adresse historique disposant d’un spa Nuxe et de deux restaurants : Les Planches (gastronomique) et L’Annexe (cuisine de montagne), sans oublier les tapas du bar.
Boire un bon café Le Bloc 027 à Briançon, dans une ancienne fabrique de skis, réputé également pour son mur d’escalade.
Ah non, pas ça ! La non-gratuité de la navette traversant la vallée. Les réservations insensées pour rejoindre par bus la gare d’Oulx à Serre-Chevalier (48 heures avant sinon rien !).
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Top snob
Les chalets du Grand Hotel. (Crédits : LTD/paul brechu)
Louer dans les « Chalets » du Grand Hôtel, ces 21 appartements grand luxe conçus par Jean-Michel Wilmotte (grandhotel.fr), puis prendre un café à la Maison Melquiond ou, même maison, au White, sur les pistes.
Fondues et raclettes Un peu partout les restaurants concoctent de solides plats à base de fromage, mais ici ce sont les Alpes du Sud avec d’autres spécialités comme les « oreilles d’âne » (lasagne aux épinards), à déguster à La Manouille, à La Salle-les-Alpes. la-manouille.fr
L’émerveillement neigeux
Premières neiges à la Cité Vauban. (Crédits : LTD/OT SERRE CHEVALIER BRIANCON)
Rejoindre le sommet du Prorel et redescendre vers Briançon (la ville la plus haute de France :1 326 mètres) avec une vue mémorable sur la ville et ses fortifications Vauban classée au patrimoine mondial de l’Unesco (2008).
Un moment/un lieu
Les Grands Bains du Monêtier. (Crédits : LTD/Willy Camus)
Très beaux levers du jour ici et là mais couchers du soleil inoubliables depuis Les Grands Bains du Monêtier ; hors vacances scolaires, de préférence.
La perle cachée Le Chazal. Dans son village natal, aux Guibertes, Fabien Ferdinand avec une cuisine frontale, originale, orientée vers le terroir. Service adorable. La meilleure table du coin.
Inclinations vestimentaires Serre-Chevalier ne donne ni dans le Gucci ni dans le Decathlon mais dans un entre-deux paisible façon North Face et surtout vêtements techniques.
Le toc local Alors qu’il y a plusieurs départs possibles pour les pistes, se retrouver pour skier à Chantemerle, au kiosque, même s’il n’existe plus.
L’événement local
Les Grand Prix, en 2023. (Crédits : LTD/OT SERRE CHEVALIER BRIANCON)
Le 21 mars se tiendra le Grand Prix de Serre-Chevalier, avec 2 026 participants qui se partageront deux parcours, l’un « Doux » et l’autre « Dingue »…
Le dernier verre À La Salle-les-Alpes, Le 1420, bar à vins avec animations régulières ; le Blue Bird au Monêtier-les-Bains où Mikhael von Brasch, après son périple à Hong Kong, fait son grand retour : remarquables cocktails.
Pierre Vaultier en janvier 2024. (Crédits : LTD/Teddy Morellec/Red Bull Content)
Pierre Vaultier est un snowboardeur français spécialiste du snowboardcross, actif entre 2005 et 2020. Il est double champion olympique de snowboardcross, en 2014 aux Jeux de Sotchi puis en 2018 à ceux de Pyeongchang.
Quelle est votre histoire avec Serre-Chevalier ? Je suis né dans le coin, j’y ai appris le ski, j’y ai grandi. À 14 ans, j’ai quitté ma vallée, et puis de 18 à 33 ans j’ai parcouru le monde entier pour revenir ici, y construire ma maison, envoyer mes deux enfants dans la même école que moi, à Saint-Chaffrey.
Où vous retrouver ? Souvent à la maison, où je concocte mes vidéos pour Instagram (où il compte plus de 43 000 followers) mais également à l’hôtel des Glaciers (2 058 mètres), au col du Lautaret et l’environnement fabuleux. Sans oublier La Cabane à Sucre, à Serre Chevalier pour ses sucettes saisies dans la glace, et enfin Au goût du Bon, restaurant traiteur à Saint-Chaffrey…
Le délicieux défaut de Serre-Chevalier ? La liqueur de mélèze et ses lendemains difficiles…