« C’était ringard, ça ne l’est plus du tout » : comment la France est devenue fan de l'Eurovision

Monroe, représentant de la France, lors de sa répétition de l’Eurovision le 7 mai à Vienne.
LTD/ Thomas Braut / France TV

Monroe, représentant de la France, lors de sa répétition de l’Eurovision le 7 mai à Vienne.
LTD/ Thomas Braut / France TV
« C’était ringard, ça ne l’est plus du tout. » Qu’il est loin le temps où la France méprisait le concours de l’Eurovision, l’affublant du seul qualificatif de kitsch. « On est passé d’une émission policée avec beaucoup de gens encravatés à un show extrêmement bien produit », constate Laurent, quinquagénaire et fan de la première heure, qui a vu le show se transformer en une quinzaine d’années. Les 95.000 billets pour assister à l’édition 2026 se sont vendus en quelques minutes. À Paris, il y aura même une grande fan zone pour la finale samedi place de la Bastille.
Pour accompagner ce vent de modernité et en finir avec une image longtemps jugée vieillotte en France, France TV s’est énormément investie, avec pour ambition de « ramener la coupe à la maison et redonner de la fierté aux Français », confie Alexandra Redde-Amiel, cheffe de la délégation française.
Oui, mais comment ? « Depuis plusieurs années la France s’entoure d’équipes qui ont accompagné les derniers gagnants », explique Oranie Abbes, enseignante-chercheuse spécialiste de l’Eurovision. Pour mettre en scène la prestation de Louane l’an passé (qui n’a malheureusement terminé qu’à la 7e place), France TV a notamment collaboré avec le Suédois Fredrik Rydman, qui avait signé la scénographie du gagnant suisse Nemo en 2024, ou encore du vainqueur suédois Mans Zelmerlow en 2015. Terminé, donc, l’époque où il se murmurait dans les couloirs de la télé publique qu’il ne fallait pas gagner.
L’autre stratégie consiste à miser désormais sur des artistes populaires, comme Louane donc ou Slimane, qui a fini quatrième en 2024. « Quand le public connaît l’artiste, il s’engage plus vite. L’attachement est clé, il crée de l’émotion », souligne Alexandra Redde-Amiel. De plus, « France TV s’adresse aussi aux plus jeunes en adaptant sa manière de communiquer sur les réseaux sociaux », selon Oranie Abbes. Et ça marche : 40 % de part de marché l’année dernière, loin des 13,6 % de 2014.
La France n’est pas encore dans les audiences stratosphériques de certains pays où le rendez-vous est ancré dans les habitudes comme l’Islande (97,8 % des téléspectateurs l’an passé), la Finlande (90,5) % ou la Suède (89,6 %) mais se place désormais dans la moyenne. Et, symbole de ce regain d’intérêt, les autres médias traitent du concours comme d’une actualité à part entière, à l’instar de BFMTV (qui appartient au même groupe que La Tribune Dimanche) qui, depuis 2019, envoie chaque année une équipe sur place.
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Ce French revival séduit au-delà de nos frontières. La star Blas Cantó, candidat espagnol en 2021 (année où la France a terminé deuxième grâce à Barbara Pravi), ne cache pas son admiration. « La délégation française a fait un grand travail avec ses sélections », reconnaît-il, avouant par ailleurs qu’il composerait bien pour notre pays.
Alors oui, gagner, ça nous ferait du bien. Mais est-ce raisonnable ? L’édition 2026 coûte près de 31 millions d’euros, répartis entre les diffuseurs, Vienne et les sponsors. Mais elle rapporte encore plus. La capitale autrichienne prévoit d’accueillir 500.000 visiteurs, et l’année dernière à Bâle, les hôtels étaient pleins à 95 %. « L’Eurovision 2025 a coûté 35 millions d’euros mais a généré 57 millions d’euros de retombées directes », rappelle Oranie Abbes.
Désormais, la France se dit prête à organiser le plus grand show musical au monde. Il ne reste plus à notre représentante Monroe qu’à remporter le trophée avec sa chanson lyrique-pop Regarde ! Depuis plusieurs semaines, les bookmakers la classent dans le top 5, laissant espérer une sixième victoire française, quarante-neuf ans après Marie Myriam.