ENTRETIEN – Figure du renouveau folk du milieu des années 1980, Suzanne Vega poursuit une carrière passionnante et farouchement indépendante. Rencontre avec l’autrice culte de « Tom’s Diner » et de « Luka ».L’interview est sur le point de se terminer quand Suzanne Vega décide de converser dans la langue de Molière : « Vous savez, j'étudie le française chaque jour, depuis trois ans. Et j’aime beaucoup Françoise Hardy et Juliette Gréco. » À l’autre bout du fil, depuis son repaire new-yorkais, l’inoubliable interprète de Luka se montre d’humeur joviale et avenante en cette journée pourtant chargée.
Il est bientôt midi, et dans la soirée elle quittera la Grosse Pomme pour une tournée qui passera par la France (onze dates). L’occasion de redécouvrir ses classiques intemporels (Tom’s Diner, Caramel, Marlene on the Wall…) agrémentés des pépites de son dernier album, le bien nommé Flying with Angels sorti en mai dernier. La songwriteuse qui « observe le monde avec un œil cliniquement poétique » (dixit le New York Times) se montre au meilleur de sa forme vocale (caressante et incisive) et de son inspiration, tour à tour conteuse folk, rockeuse et prêtresse soul.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous vous souvenez de votre premier concert en France ?
SUZANNE VEGA - C’était dans une toute petite salle, le Rex Club, à Paris, en 1985. J’avais 26 ans, je venais de sortir mon premier album. Une dispute avait éclaté quand un type m’avait qualifié de « vieille hippie » ! Un ami journaliste avait pris ma défense en disant que, non, je n’étais pas une vieille hippie mais « une songwriteuse moderne ». Et je pense toujours être une artiste moderne ! Dans mon dernier album, je parle de la liberté d’expression dans mon pays, de la guerre en Ukraine, du combat entre l’idéologie de l’amour et celle de la haine. Je le considère d’ailleurs comme mon disque le plus politique de ma carrière.