LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous avez vu Un parfait inconnu. Convaincu ?
HUGUES AUFRAY — Je suis très souvent déçu par les biopics, mais là j'ai été emballé. Je l'ai trouvé très intelligent, j'ose dire génial. Timothée Chalamet est exceptionnel comme comédien, mais aussi comme chanteur et musicien. Je l'ai rencontré après la première du film à Paris. Il ne lui ressemble pas vraiment, mesure 1,80 mètre, alors que le Dylan de l'époque était plus petit, moins impressionnant physiquement. Il n'a pas essayé d'imiter Dylan, au contraire ! Il l'incarne avec sa propre personnalité. La reconstitution du New York du début des années 1960 est fidèle et impressionnante : les bâtiments délabrés, les voitures...
Quel souvenir gardez-vous de votre rencontre avec Bob Dylan ?
La toute première fois, je l'ai juste aperçu à travers la vitre d'un café à Greenwich Village. Il était installé sur une grande chaise avec sa guitare et son harmonica. J'étais trop timide et fauché pour entrer, donc je suis resté devant la porte. À chaque fois qu'une personne entrait ou sortait, je pouvais entendre sa voix. Je l'ai écouté pendant vingt minutes et je suis parti, persuadé qu'il allait devenir une star mondiale. Je l'ai véritablement rencontré l'année suivante, en 1962, quand je suis revenu à New York. Je chantais dans un cabaret, le Blue Angel, où je partageais l'affiche avec le trio Peter, Paul and Mary qui était produit par Albert Grossman, l'agent de Dylan. C'est ainsi que je l'ai croisé lors d'une soirée au Chelsea Hotel. Malgré la barrière de la langue, le contact est passé. Bob Dylan marche à l'instinct. Il a senti que j'étais à la fois modeste et sincère.