Flea, Antonin Ekler, Alela Diane... Notre sélection musique de la semaine

La sélection musicale d'Éric Mandel.
LTD/DR

La sélection musicale d'Éric Mandel.
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À 11 ans, il se rêvait trompettiste de jazz. Mais les dieux de la musique avaient d’autres projets pour le turbulant Michael Peter Balzary, alias Flea (« puce »), devenu l’un des bassistes les plus novateurs de la scène punk rock californienne au sein des Red Hot Chili Peppers. À 63 ans, ce fan de Miles et de Dizzy renoue avec ses premières amours, et il s’est donné les moyens de son ambition. Durant deux ans, le rocker autodidacte s’est exercé quotidiennement à la trompette sous la houlette de l’immense Rickey Washington – le père du saxophoniste Kamasi.
Son jeu délié et séduisant, à défaut d’être ébouriffant techniquement, traverse les dix titres de cet opus aux climats hypnotiques qui navigue entre célébration be-bop (Morning Cry), jazz cool (Traffic Lights avec Thom Yorke) et plages méditatives (le superbe Frailed, long de dix minutes). On retiendra également Wichita Lineman avec Nick Cave en crooner ténébreux, mais aussi la reprise de Thinkin Bout You de Frank Ocean et ses rivières de cordes mélancoliques. Honora se termine en beauté avec un rock blues racé dont le titre – Free as I Want to Be – sonne comme un manifeste intime.
Trois ans après En silence, Antonin confirme sa singularité dans la chanson pop française avec ce deuxième album solo d’une élégance irréprochable. Au menu, dix chansons à l’atmosphère envoûtante qui oscillent harmonieusement entre ballades guitares-voix, groove nonchalant et effluves jazz et country, le tout saupoudré de sonorités électro planantes.
Avec sa voix sur le fil, gracile sans être précieuse, le quadra originaire du cap Ferret chante les bleus de l’âme, la solitude comme compagne (Angle mort), l’ambivalence des sentiments (Palme d’or), les liens père-fils (Et ouais papa) et le mystère de l’amour sur un mode sensible (Après tout) ou humoristique (J’suis pas ta guitare). Autant de thèmes abordés avec une plume subtile doublée d’une ironie feutrée pour conjurer le pathos. L’ensemble dégage une mélancolie souriante irradiée par des mélodies qui vous accrochent pour ne plus vous lâcher. À l’image de L’Enfant qui pleure, une chanson poignante dans la lignée du grand Moustaki. À découvrir sur scène le 12 juin au Bus Palladium (Paris 9e).
En vingt ans, Alela Diane s’est imposée comme une figure discrète mais incontournable de la scène folk. Après quatre ans de silence discographique, elle signe son retour avec cet album enfanté dans le deuil, celui d’un ami, le musicien Michael Hurley, surnommé « le parrain du freak folk », disparu le 1er avril 2025. Elle lui a dédié Spring Is a Fine Time (« le printemps est un bon moment »).
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Cette oraison funèbre sifflotée au milieu de banjos donne le ton de l’album, enregistré en cinq jours dans le grenier ensoleillé de sa maison à Portland. Entourée d’un gang de musiciens aguerris, cette conteuse habitée délivre une country folk moderne et inventive pour chanter les saisons de la vie, ses humeurs sombres (Galloping), le destin de femmes qui basculent dans la folie (Dusty Roses). Un disque intime et ouvert sur les grands espaces (California), philosophique (Could Be) et politique quand elle dézingue les hommes de pouvoir véreux qui lavent leurs péchés le dimanche à l’église (Piss, Coffee, Blood or Wine ?).