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La chanteuse de jazz Marion Rampal ressuscite Abbey Lincoln, figure du Black Power des années 1960

Photo de Alexis Campion

Alexis Campion

Publié le 22 mai 2026 à 15:00

Marion Rampal en décembre 2024.

Marion Rampal en décembre 2024.

LTD/Sylvain Gripoix

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Nommée trois fois aux Victoires du jazz, jeudi 21 mai, pour son projet consacré à la diva noire américaine, la vocaliste cultive, comme son inspirante aînée,  militante des droits civiques disparue en 2010, une farouche indépendance.

Une fois n’est pas coutume, au théâtre de l’Odéon lundi 11 mai, ce n’était pas Shakespeare ou Sylvain Creuzevault en haut de l’affiche mais, pour l’ouverture du festival parisien Jazz à Saint-Germain-des-Prés, une chanteuse et comédienne noire américaine : Abbey Lincoln, née en 1930 à Chicago et morte quatre-vingts ans plus tard à New York.

Marion Rampal, née à Marseille (Bouches-du-Rhône) en 1980, ne l’a jamais rencontrée. Cependant, elle a écouté ses disques dès l’adolescence et l’a toujours admirée « pour son écriture autant que pour sa radicalité », cette fameuse radicalité qui fait qu’Abbey Lincoln n’a sans doute jamais été une artiste « grand public ». Tout autant que Nina Simone, Dinah Washington ou Billie Holiday dont elle était fan, Lincoln reste une figure majeure du jazz, une compositrice hors pair et une poétesse aussi délicate que singulière, pas seulement une militante.

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Marion Rampal n’est pas dupe de ce malentendu qu’elle contribue à réparer avec Songs for Abbey, une tournée et un disque des plus remarqués, conçus et réalisés avec son complice habituel le guitariste Matthis Pascaud. « Abbey n’était pas un caractère docile, indique-telle, je pense qu’elle était ce genre de femme qu’on ne rappelait pas si facilement, voire à qui on mettait des bâtons dans les roues car elle disait ses quatre vérités. »

Douceur lumineuse et noirceurs dissonantes

Figure du Black Power des années 1960, parolière exigeante dont les chansons évoquent sans filtre le racisme, la violence, le sexisme et toute forme d’oppression (Driva’ Man, Throw It Away, Caged Bird, And It’s Supposed to Be Love…), Abbey Lincoln était une artiste engagée.

Au-delà du fameux legs de sa collaboration initiale avec son amoureux le batteur Max Roach sur We Insist ! – Freedom Now Suite, album emblématique du mouvement de lutte pour les droits civiques, c’est cette dimension militante et rebelle qui fascine aujourd’hui. Marion Rampal veut la mettre en lumière en prenant soin, aussi, de « saluer l’ensemble de son œuvre », sa douceur maternante et lumineuse autant que ses noirceurs dissonantes, malaisantes…

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Créé il y a pile un an à Jazz sous les pommiers, à Coutances (Manche), Songs for Abbey a ainsi pris, au fil des concerts puis à la faveur de la parution du disque du même nom fin 2025, une belle ampleur adoubée par la critique. Il propulse Marion Rampal jeudi 21 mai aux Victoires du jazz, où elle apparaît nommée pas moins de trois fois (artiste vocal, album, concert). Une situation qui la prend de court autant qu’elle l’honore sachant, explique-telle, « que les chanteuses sont rarement nommées en dehors de la catégorie interprète ».

« Je me sens assez anarchiste »

Marion Rampal, qui produit ses disques en toute indépendance depuis ses débuts, reste ouvertement méfiante à l’égard de l’industrie musicale. « Je la côtoie et je sais bien qu’on y croise des gens super, mais je me sens assez anarchiste. » Et surtout artisane… Déjà en 2022, son album, Tissé, qu’elle a écrit et composé et pour lequel elle a décroché la victoire du jazz de l’artiste vocal, était paru sous l’égide des Rivières souterraines, un label associatif qu’elle a monté avec le pianiste jazz Pierre-François Blanchard et le saxophoniste et chef d’orchestre Raphaël Imbert.

Même engagement avec son Oizel, paru en 2024 et consacré aux oiseaux qui inspirent joyeusement sa musique : « On est un petit bateau mais on navigue là où on veut et c’est bien ainsi. Bien sûr, c’est un gros boulot d’être son propre patron, mais c’est aussi une liberté. » Une liberté qui l’incite, en parallèle du succès de Songs for Abbey, à continuer de composer ses propres chansons et, aussi, à développer Petite Maison, un tout autre projet pour lequel, depuis trois ans, elle sillonne le Québec et l’Acadie, dans l’est du Canada, « à la rencontre de familles de musiciens et à la recherche des sources de leurs chansons ».

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Un projet grâce auquel elle a trouvé de nouveaux complices, tel Zachary Richard, et dont elle revendique la forme sociale et anthropologique, envisageant ainsi de le publier en podcast plutôt que sous forme d’album traditionnel. « D’ailleurs, glisse-telle, on cherche des diffuseurs… » Mais toujours pas de label ni de producteur puisque ça, de longue date, elle a appris à le faire par elle-même, en toute liberté. 

« Songs for Abbey », en concert mercredi 20 mai à Nantes (concerts de La Bouche d’Air), le 22 mai au Pradet (Espace des arts), le 28 juin à Garches (festival Jazz à Garches), etc. 

« Les 24es Victoires du jazz », jeudi 21 mai au Studio 104 de Radio France, à suivre en direct sur France Télévisions.

Alexis Campion

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