Les divergences affichées cette semaine entre la France et l’Allemagne sont dues en partie à l’incapacité de la première de comprendre la seconde. Et à la crainte ressentie à Berlin de voir son partenaire français choisir l’an prochain un autre destin, moins européen.
Il fallait les voir, Emmanuel et Friedrich, main dans la main et tout sourire dans les allées du château d’Alden Biesen en Belgique, en marge du dernier Conseil européen informel, le 12 février. Et lire ce communiqué adressé six jours plus tard aux agences de presse AFP et DPA par le chef de la diplomatie allemande.
« La France est notre plus proche partenaire et notre ami le plus important en Europe. Nous avons tissé des liens indéfectibles d’une intensité et d’une diversité que nous ne partageons avec aucun autre pays au monde. » Et Johann Wadephul d’insister : « Il est crucial pour l’Union européenne que la France et l’Allemagne, malgré nos points de vue parfois différents, recherchent toujours un terrain d’entente. »
En langage moins diplomatique, c’est ce qu’on appelle ramer. Car les désaccords s’accumulaient depuis des mois et parce que, ce jour-là, le chancelier allemand venait de confier au podcast « Machtwechsel » (l’un des meilleurs du pays et dont le titre signifie en français « changement de pouvoir ») que le futur avion de combat européen Scaf, programme franco-allemand lancé en 2017, ne correspondait plus aux besoins de la Luftwaffe.
Deux jours plus tard, le gouvernement allemand démentait avoir planifié ou décidé de se doter de nouveaux chasseurs américains F-35 alors qu’il l’envisage depuis le mois de juillet. Est-on là uniquement dans le « point de vue différent » ?
La question de savoir si le Scaf franco-allemand, rejoint par l’Espagne en 2019, verra le jour est importante. Cette coopération est en effet liée à un autre projet phare franco-allemand, celui du char du futur dénommé MGCS. Si l’un tombe, l’autre aussi, avait averti Emmanuel Macron dans un entretien au Monde le 10 février. Mais l’interrogation qui surplombe toutes les autres est évidemment de savoir si la relation franco-allemande en sortira affaiblie, exsangue ou réinventée.
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