ENTRETIEN – L’ancien Premier ministre lituanien n’exclut pas un conflit avec la Russie. Il appelle les européens à renforcer leur aide militaire à Kiev et à présenter leur propre plan de paix.LA TRIBUNE DIMANCHE – Que pensez-vous des interdictions de visa imposées par Washington à cinq Européens, dont l’ancien commissaire européen Thierry Breton ?
ANDRIUS KUBILIUS – C’est totalement inacceptable et incompréhensible. Des mesures telles que les interdictions de visa ne grandissent personne. L’Union européenne a ses règles et ses réglementations que tous ceux qui opèrent dans sa juridiction doivent respecter, même si cela leur déplaît. Il en va de même pour les réglementations américaines : les Européens les respectent lorsqu’ils opèrent dans la juridiction américaine.
Volodymyr Zelensky rencontre aujourd’hui Donald Trump. Ukrainiens, Américains et Européens peuvent-ils s’accorder sur un plan de paix commun ?
Il semble que l’Ukraine, l’Union européenne et les États-Unis soient déjà parvenus à un accord général sur un plan en 20 points. Le principal défi consiste à convaincre Vladimir Poutine de l’accepter. Jusqu’à présent, rien n’indique qu’il soit disposé à le faire.
Emmanuel Macron s’est dit prêt à reprendre contact avec lui. Qu’en pensez-vous ?
Si les dirigeants européens se contentent de discuter avec Vladimir Poutine, sans plan ni stratégie claire, cela ne servira pas la cause de la paix. Il l’interprétera comme un signe de faiblesse. Les Européens doivent avoir leur propre plan, fondé sur le principe de la paix par la force. Pour convaincre Poutine de s’asseoir à la table des négociations, ils doivent d’abord renforcer leur aide à l’Ukraine en lui fournissant des systèmes de défense aérienne et des capacités de frapper en profondeur sur le territoire russe.
Poutine et le peuple russe doivent comprendre que la poursuite de la guerre ne mènera à rien, si ce n’est à de plus en plus de destructions et de problèmes sur le plan intérieur. Jusque-là, les Américains ont tenté d’obtenir la paix par la faiblesse. Le dirigeant russe se voit offrir tous les avantages, que ce soit une partie du territoire de l’Ukraine ou des projets d’investissements communs avec des entreprises américaines. Cette approche ne fonctionne pas.