Ils sont trois. Trois jeunes très insérés dans leurs sociétés respectives. Trois citoyens du monde hyperconnectés. Trois représentants de cette fameuse Gen Z, qui, depuis la rentrée, secoue la planète par une contestation de l’ordre établi. Il y a, au Népal, Tanuja, 24 ans, avocate et activiste pour le climat ; Yahia, ingénieur au Maroc. Et à Madagascar, Rocks D. Xebec, qui, par sécurité, a préféré utiliser un pseudonyme et communiquer par écrit. Nous les avons réunis en ligne et leur avons demandé de dialoguer pour expliquer les raisons de leur colère mais aussi ce qui les rapproche et les distingue.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment expliquez-vous le soulèvement de votre génération ?
ROCKS D. XEBEC - Si ma génération se révolte, c’est parce que la précédente s’est contentée du conformisme et de l’ignorance imposée par le gouvernement. Nous voulons un changement de système, une nouvelle société, en finir avec la corruption.
TANUJA - Je dirais aussi que nous ne sommes pas révoltés par choix mais parce que nous y avons été contraints. J’ai 24 ans, et toute ma vie j’ai vu les mêmes visages au pouvoir. Je sais qu’ailleurs dans le monde d’autres pays affrontent une situation assez similaire. Pareil sur les inégalités de richesse, qui se creusent. Quelqu’un devait bouger. C’est ma génération qui l’a fait.
YAHIA - Pour nous aussi, au Maroc, protester était devenu une nécessité. La Gen Z a été parmi ceux qui ont eu le courage de dire « ça suffit ». Après, de nombreux autres facteurs y ont contribué. Nous sommes une génération habituée à la technologie, capable de communiquer avec les autres pour voir ce qui se passe ailleurs. Consciemment, et inconsciemment, nous comprenons que nos luttes sont identiques parce que nous sommes confrontés aux mêmes problèmes : la corruption, la montée en puissance du fascisme, le manque de droits.