Perdue dans le désert du nord-est du pays, la prison d’Al-Hol est devenue le théâtre du basculement de la région. Al-Hol abrite plusieurs milliers de personnes accusés d’avoir appartenu, de près ou de loin, à l’organisation État islamique (EI). Ce 21 janvier, à l’entrée du camp à ciel ouvert, un petit groupe de jeunes danse au son des chants de la révolution syrienne.
La veille, les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), qui administraient les lieux depuis la chute du califat en 2019, se sont retirés du camp d’Al-Hol, accusant par ailleurs la communauté internationale de les avoir abandonnées face à l’avancée de l’armée gouvernementale. Depuis une semaine, Damas prend en effet militairement le contrôle des territoires autonomes telus jusqu’ici par les Kurdes, au nord de l’Euphrate.
Et progressivement, elle met la main sur une partie de la vingtaine de camps et prisons de djihadistes. Jusqu’ici gérés par les FDS, ces lieux de détention deviennent un dossier ultra-sensible, scruté de près par la communauté internationale.
Il est 14 heures ce 21 janvier quand le convoi du ministère syrien de l’Intérieur fait son entrée au son des sirènes. Il vient prendre le relais de l’armée, en coordination avec les Nations unies, désormais chargées du volet humanitaire. À l’intérieur du camp, accroché au grillage, Bachar, 28 ans, originaire de Deir ez-Zor, ne cache pas son impatience. « Je veux sortir. Nous sommes comme des animaux qu’on vient observer », soupire-t-il.