Canne à pêche à la main, Moustapha* attend que le poisson morde. À Jaraboulous, ville collée à la frontière turque dans le nord de la Syrie, la rive ouest de l'Euphrate semble paisible. Dans les champs de cette vallée fertile, les agriculteurs s'affairent. En face, on aperçoit un village abandonné et quelques bâtiments militaires. Seuls le pêcheur et un jeune qui nage viennent troubler la quiétude du fleuve. Pourtant, Moustapha affirme avoir entendu des tirs une heure auparavant. « Ce sont les Kurdes qui tirent depuis l'autre rive, assure-t-il. Nous ne sommes pas en sécurité ici. »
L'Euphrate n'est pas officiellement une frontière, mais ce fleuve qui prend sa source en Turquie pour aller se jeter dans le Tigre en Irak sépare deux grandes zones en Syrie. Celle contrôlée par le pouvoir de Damas et celle tenue par les Kurdes de l'Administration autonome du Nord-Est syrien (Aanes). Répartis entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, les Kurdes ont acquis une relative autonomie sur le sol syrien depuis le début de la guerre civile en 2011.
Dans la région, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition militaire à majorité kurde, se sont illustrées par leur combat contre le groupe État islamique (EI). Le 10 mars, le président intérimaire Ahmed Al-Charaa et Mazloum Abdi, commandant des FDS, ont signé un accord historique pour fondre les institutions civiles et militaires kurdes dans le giron du nouvel État syrien. Mais les discussions pour faire aboutir cette intégration patinent.