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« On ne peut pas rester ici » : À Alep, les Syriens redoutent le retour de la guerre civile

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Pauline Vacher, envoyée spéciale à Alep

Publié le 13 janvier 2026 à 16:00

Des familles sont évacuées du quartier de Sheikh Maksoud après l'échec de l'accord entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Des familles sont évacuées du quartier de Sheikh Maksoud après l'échec de l'accord entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS).

LTD / Khalil Ashawi/REUTERS

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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REPORTAGE — L’armée syrienne affirme avoir repris le contrôle des quartiers kurdes de la ville, après cinq jours d’affrontements. Les combats ont provoqué la fuite de dizaines de milliers de civils.

La confusion régnait encore samedi 10 janvier à Alep. Après cinq jours d’affrontements entre l’armée gouvernementale et les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), Damas affirmait contrôler les quartiers à majorité kurde de la grande ville du Nord. Les FDS soutenaient le contraire.

Depuis mardi, chaque faction rejette sur l’autre la responsabilité de ce nouvel épisode de violence, le quatrième depuis la chute de Bachar El-Assad en décembre 2024, et le plus meurtrier. Au moins 21 victimes et, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), plus de 140.000 déplacés.

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Parmi ces derniers, figure Zeinab, qui préfère taire son nom de famille. Vendredi en fin de journée, la jeune Kurde attend anxieusement à la sortie de Cheikh Maqsoud, un des quartiers où se déroulent les affrontements dans le nord d’Alep. Elle vient de passer par le couloir humanitaire mis en place par le gouvernement pour évacuer la zone. « J’ai pu sortir, mais mon mari, qui n’avait qu’une photo de sa carte d’identité, a dû remonter chercher la sienne, sanglote-telle. J’ai peur qu’il n’ait pas le temps de revenir avant la reprise des combats. » Les autorités avaient accordé deux heures aux habitants pour fuir avant de relancer les affrontements.

On leur avait proposé de sortir dignement mais ils ont refusé, voyez le résultat.
Un membre de l'administration du gouvernorat d'Alep

Dans la file d’attente où les forces de l’ordre contrôlent les papiers d’identité, la confusion règne. Les visages sont sombres. À la sortie du couloir humanitaire, des civils pleurent en voyant leurs proches être arrêtés et emmenés dans des voitures de police. « On leur avait proposé de sortir dignement mais ils ont refusé, voyez le résultat », déclare un membre de l’administration du gouvernorat d’Alep à propos des combattants kurdes.

Des habitants du quartier de Sheikh Maksoud sont évacués.
Des habitants du quartier de Sheikh Maksoud sont évacués. (Crédits : LTD / REUTERS - Khalil Ashawi)

Alors qu’un cessez-le-feu avait été conclu, sous pression américaine, dans la nuit de jeudi à vendredi et que le quartier d’Achrafieh était passé sous le contrôle du gouvernement, certains groupes des FDS ont refusé de partir et de monter dans les bus qui devaient les emmener vers la zone autonome kurde du nord-est du pays, leur « garantissant un passage sûr ». Les conseils locaux – kurdes – ont annoncé être « décidés à demeurer dans [leurs] quartiers et à les défendre », rejetant toute « reddition ». Les combats ont alors repris, mis à part une courte accalmie pour évacuer des civils. Les tirs d’artillerie se sont fait entendre tout au long de la nuit de vendredi à samedi. Hier matin, l’armée annonçait avoir repris 90 % de Cheikh Maqsoud. Mais les FDS ont démenti.

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Hier, il était en tout cas impossible de pénétrer dans le quartier, entièrement bouclé par l’armée. Au loin, les soldats fouillaient les bâtiments à la recherche de combattants ennemis. La situation restait instable. À un moment, le passage d’un drone dans le ciel a semé la panique. La place s’est vidée et les soldats se sont mis à tirer. Il a fallu quelques instants avant que l’un d’entre eux comprenne qu’il s’agissait d’un drone ami. En effet, les engins qui rôdent proviennent des deux camps.

Dans les rues du quartier d’Achrafieh, la sécurité civile et la police militaire se sont peu à peu déployées. Quelques civils étaient dehors. Les rares familles kurdes croisées pressaient le pas. Elles partaient se réfugier dans la région à majorité kurde d’Afrin, dans le nord-ouest du pays. « On ne peut pas rester ici », confiait un habitant déjà en route.

La reprise violente de ces quartiers par le gouvernement révèle l’impasse des négociations lancées en mars entre Damas et les FDS, qui administrent le nord-est du pays et que le nouvel État souhaite intégrer.

Le gouvernement est déterminé à prendre le contrôle de l’ensemble de la Syrie tandis que les FDS, soutenues par les États-Unis, cherchent à préserver l’autonomie de leur territoire, notamment en matière de sécurité et d’administration civile. Alors qu’elles contrôlent environ un tiers du pays, elles veulent une vraie reconnaissance politique et des garanties avant d’abandonner leurs armes.

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Un accord signé le 1er avril devait transformer Cheikh Maqsoud et Achrafieh en vitrines de cette intégration. En échange de l’évacuation promise par les FDS, la police avait été confiée aux Asayish, des forces de sécurité internes kurdes intégrées au ministère de l’Intérieur. La gestion de l’Administration était dévolue aux conseils locaux. Mais les derniers combats risquent de creuser un peu plus le fossé entre Damas et les FDS. L’utilisation de drones, lancés par le gouvernement et les forces kurdes, et les frappes sur des positions gouvernementales à la frontière avec la zone sous contrôle kurde vendredi soir pourraient faire craindre une escalade. Et le spectre du retour de la guerre civile.

Pauline Vacher, envoyée spéciale à Alep

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