REPORTAGE — Depuis une semaine, les offensives des milices soutenues par la Turquie contre les forces kurdes redoublent. Les minorités s’inquiètent de la place que leur laissera le nouveau pouvoir.Soutenue par trois autres femmes, Fatima peine à fendre la foule immense venue ce vendredi dans ce petit cimetière de Kobané. Entre deux sanglots, elle bredouille, en boucle, les mêmes lamentations : « Pourquoi ont-ils tué mon fils ? Qu'est-ce que nos ennemis nous veulent encore ? Tout cela doit s'arrêter maintenant. » À côté d'elle, une autre mère, tout aussi dévastée, s'effondre sur la terre fraîche qui recouvre le cercueil de son fils. Les portraits des huit défunts du jour sont brandis par les quelque 2 500 personnes venues assister aux funérailles et qui, à intervalles réguliers, rugit un même « gloire à nos martyrs ! ».
Depuis la chute de Bachar El-Assad il y a une semaine, c'est une même scène qui se répète à Kobané. Tous les jours, les Kurdes y enterrent leurs combattants tombés au combat ou sous les bombardements des drones ou chasseurs turcs.
Kobané menacée
Actuellement, c'est à une cinquantaine de kilomètres plus au sud, au niveau du barrage de Tichrine, qu'ont lieu les combats les plus acharnés. Jeudi, ce sont 22 soldats des FDS (Forces démocratiques syriennes), cette force multiconfessionnelle dominée par les Kurdes des YPG, qui y ont péri. « Six seulement ont pu être identifiés, témoigne un habitant de la ville. Les autres, leurs corps étaient tellement calcinés qu'on n'a pas pu les reconnaître. » La bataille pour le contrôle de ce barrage et du pont attenant qui enjambe l'Euphrate est cruciale. Si l'ennemi parvient à s'en emparer, alors c'est Kobané qui sera cette fois directement menacé.
Ce n'est pas la première fois que cette commune du Nord syrien posée sur la frontière turque se prépare à un assaut. En 2014, son nom avait déjà fait le tour du monde quand, au prix de nombreux sacrifices humains, ses habitants avaient résisté aux offensives de Daech. Cette fois, c'est aux milices syriennes soutenues si ce n'est téléguidées par la Turquie et regroupées sous le nom d'Armée nationale syrienne (ANS) qu'il faut faire face.
Alfred Hackensberger, envoyé spécial à Kobané, Raqqa et Qamishl