LA TRIBUNE DIMANCHE – Quelles sont les dernières informations que vous avez obtenues de l’intérieur ?
CHOWRA MAKAREMI – Les Iraniens ont très peur que le régime installe un Internet national contrôlé et fermé. Ils ne pourront plus se connecter au réseau mondial. L’espace numérique est investi par beaucoup comme un autre espace public. La population est hyper connectée, elle s’organise et s’informe sur les réseaux de télécommunication. Le régime avait déjà coupé Internet en 2019. Aujourd’hui d’ailleurs, on ne sait toujours pas combien de personnes sont mortes pendant les manifestations de 2019. Amnesty International parle de plusieurs centaines, Reuters et des sources internes à la République islamique évoquent 1500. Les politiques de cruauté, comme je les appelle, fonctionnent à travers une économie du secret et du spectacle.
En distillant des exemples de répression pour intimider ?
Le régime a mis en scène des confessions forcées de manifestants, il a diffusé à la télévision nationale l’image des dépouilles dans des sacs mortuaires noirs. Mais des pratiques restent cachées, les témoignages sont invérifiables et des rumeurs circulent. Cela opacifie complètement l’espace public. Le moment où la rumeur prend le dessus sur l’information est un indicateur de la violence politique selon moi. Plus il y a de violence politique, plus on bascule dans le régime de la rumeur.