« Iran : la mollarchie absolue », par François-Henri Désérable, écrivain
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Une réunion de clercs dans une mosquée de Nikoubazl (Téhéran).
LTD / Morteza Nikoubazl / NurPhoto via AFP
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Une réunion de clercs dans une mosquée de Nikoubazl (Téhéran).
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À un moment, tout de même, je me suis demandé si c’était une si bonne idée de m’acoquiner avec un mollah. J’avais passé la matinée au bureau des visas de Yazd, où j’essayais de prolonger le mien au prix d’innombrables complexités administratives (je sais, pléonasme). Il y avait là beaucoup d’Afghans, la plupart portaient le kurta, une chemise ample qui descend à mi-cuisse. Aluk, que j’avais rencontré dans la file d’attente du bureau des visas, détonnait par sa mise : costume noir, chemise blanche, mocassins en cuir noir, ceinture noire Pierre Cardin et Rolex au poignet – peut-être même qu’elle était vraie. Après une vingtaine de minutes, Aluk m’avait appris qu’il était un mollah.
Ce mot-là, je l’avais entendu pour la première fois en mars 2001. Les talibans venaient d’ordonner la destruction des bouddhas de Bamiyan, qu’ils jugeaient « idolâtres » : ces statues monumentales excavées dans la paroi d’une falaise avaient survécu aux invasions hephtalites, aux Turcs et aux Perses, à la conquête arabe et même aux Mongols de Gengis Khan – lesquels, après avoir rasé la vallée et massacré ses habitants, semblaient néanmoins s’être donné pour mot d’ordre : pas touche aux bouddhas.
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Ils avaient encore résisté à Tamerlan et aux guerres timourides, aux conflits anglo-afghans et à l’invasion soviétique, tout ça pour qu’un décret administratif signé par un certain mollah Omar les raye de la carte. J’avais alors 14 ans et je m’étais forgé une idée définitive des mollahs : des barbus enturbannés qui faisaient peu de cas des vieilles pierres.